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Benoît Peeters, de la BD à la gastronomie

Ecrivain, scénariste, professeur, Benoît Peeters est un explorateur d'images et des différentes formes de récit. Auteur avec François Schuiten de la bande dessinée culte Les Cités obscures, il s'intéresse aussi à d'autres univers, comme celui-de la gastronomie. Portrait d'un Gallicanaute touche à tout.

Bonjour Benoît Peeters. Pouvez-vous nous parler un peu de vous ?

Je suis né en 1956 ; j’ai étudié la philosophie avant d’être l’un des derniers étudiants de Roland Barthes. Mais je voulais avant tout écrire. Mon premier roman, Omnibus, est paru aux éditions de Minuit en 1976. Depuis, j’ai publié de nombreux livres, dans des genres très différents : essais, biographies, récits photographiques, bandes dessinées… Je me suis occupé de plusieurs expositions. J’ai réalisé des documentaires et même un film de long métrage. Je suis aussi éditeur.

Vous êtes à la fois écrivain, scénariste et professeur. Vous semblez conjuguer mille intérêts et sujets d’étude, de la philosophie à l’image en passant par la cuisine. Pourriez-vous nous parler de la construction d’un tel cheminement ?

J’ai des curiosités très diverses et peu de goût pour la spécialisation, même si j’aime la précision. Je n’aurais pas voulu écrire seulement de la fiction ou ne m’attacher qu’à des travaux de réflexion. Les deux démarches me semblent absolument complémentaires. J’ai par exemple l’impression que les textes théoriques que j’ai consacrés à la bande dessinée sont inséparables des scénarios que j’ai écrits. C’est en travaillant de près avec des dessinateurs et des dessinatrices que j’ai commencé à mieux comprendre le médium.

Comment avez-vous découvert Gallica ?

Je crois en avoir entendu parler pour la première fois par mon ami Jean-Didier Wagneur, qui en était l’un des acteurs. Le projet commençait à peine. Les œuvres numérisées étaient peu nombreuses.

Quelles sources l’historien de la bande dessinée et de la philosophie que vous êtes utilise-t-il dans Gallica?

Je suis éclectique dans mes recherches. Je m’intéresse aux ouvrages depuis longtemps épuisés, aux revues anciennes, aux photographies, caricatures et bandes dessinées du XIXe siècle. Pour tout cela, et bien d’autres choses, Gallica est inestimable.

Vous évoquez régulièrement Gallica lors des séances du séminaire que vous donnez actuellement au musée des arts et métiers sur l’histoire de la cuisine. Comment Gallica vous a-t-il aidé dans la construction du programme de ce séminaire ? Avez-vous fait des découvertes lors de cette préparation ?

C’est le troisième cycle de conférences que je présente au Musée des Arts et Métiers. Le premier portait sur La révolution des images, de Töpffer à Méliès. Le deuxième s’intitulait Pour une histoire de la bande dessinée, celui de cette année Métamorphoses de la cuisine. J’aime parler en m’appuyant sur un grand nombre d’images, et beaucoup de celles que je montre viennent de Gallica. Oui, les découvertes ont été nombreuses. Pour la cuisine, c’est une joie de se plonger dans les ouvrages anciens de Carême, Gouffé ou Escoffier dans leur version originale. Ou de découvrir La nouvelle cuisine de Menon, parue en 1742 !

Nouveau traité de la cuisine, avec de nouveaux dessins de table et vingt-quatre menus, Tome 3 (1739-1742)

Votre célèbre série de bande dessinée, Les Cités obscures, mêle éléments fantastiques et réalistes, notamment sur le plan architectural. Est-ce que Gallica, qui apparaît alors que la série est déjà entamée, a pu vous inspirer?

Avec François Schuiten, nous avons commencé Les Cités obscures en 1980. À cette époque, il n’était pas question d’Internet et moins encore de Gallica. L’album L’Archiviste, paru en 1987, témoigne de notre attachement au monde du papier, des reliures anciennes, des bibliothèques démesurées. Mais ce goût pour l’aspect palpable des livres n’est nullement incompatible avec les recherches en ligne. Je suis par exemple un passionné de longue date de Paul Valéry. Quel plaisir de pouvoir aujourd’hui consulter sur Gallica l’immense masse de ses Cahiers dans leur version manuscrite, souvent accompagnée de dessins et d’aquarelles.

Dans votre bande dessinée Comme un chef, vous décrivez votre parcours et ses découvertes gastronomiques comme l’itinéraire d’un véritable autodidacte. Est-ce que vos explorations dans Gallica se déroulent de la même façon, par sérendipité, ou suivez-vous un parcours précis, réfléchi à l’avance ?

Je démarre avec un objectif précis : un livre rare, une image particulière. Mais je me laisse rapidement entraîner de document en document, et cela peut modifier en profondeur mon propos. Même si le mot de sérendipité n’est ni joli ni facile à prononcer, il correspond bien à ma démarche. La recherche est pour moi une longue dérive, une suite de passages.

Rencontrez-vous des difficultés dans vos recherches ?

Les difficultés sont inséparables de la recherche. Il y a toujours un document qui manque, par exemple lorsqu’on écrit une biographie. Mais cela contribue à rendre le travail excitant. J’ai évoqué cette question dans le livre « Trois ans avec Derrida, les carnets d’un biographe ».

Quels sont vos prochains projets ?

J’aimerais mettre en forme La révolution des images ainsi que Métamorphoses de la cuisine. Mais je crains que le passage au livre ne soit un peu réducteur, et m’oblige à supprimer la plupart des documents montrés pendant les conférences. Il me faudrait des livres véritablement augmentés.

Original article by Equipe Gallica, published at Januari 10,2019.
Read the original publication at Le Blog Gallica


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