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Interview with Benoit Peeters

Interview by ComicStreet with Benoît Peeters was published before in Japanese. This is the French version provided by Peeters.

Photo by François Schuiten

Benoît Peeters, vous êtes non seulement scénariste de la bande dessinée, mais aussi critique littéraire, chercheur de la bande dessinée, etc. Vous vous montrez actif dans plusieurs domaines. Pour donner une idée aux lecteurs japonais, pourriez-vous vous présenter un peu ? Comment vous définissez-vous ?

J’ai fait des études de philosophie, puis j’ai eu la chance d’être l’un des derniers étudiants de Roland Barthes. Mais mon désir a toujours été d’écrire. J’ai publié de nombreux livres, dans plusieurs genres. J’ai eu la chance d’en faire assez vite mon métier.

Benoît Peeters, Photo By Camille Gabarra

Mon plus grand plaisir est dans la variété. J’aurais eu le sentiment de me scléroser si je n’avais été que scénariste de bande dessinée. La réflexion me passionne autant que la fiction, le cinéma autant que la littérature et la bande dessinée. Je continue de le croire : entre ces domaines, les échanges peuvent se faire avec souplesse, loin de tout cloisonnement et de toute hiérarchie des genres.

Ma principale envie est de changer sans cesse, d’évoluer, d’aborder de nouveaux territoires. J’aime à la fois le récit et l’innovation formelle, l’analyse et le mystère, les récits fantastiques et les films documentaires. J’aime écrire des scénarios, mais j’aime aussi le travail de réflexion et d’analyse. Écrire une biographie me procure autant de plaisir que d’inventer une histoire. Cette diversité a toujours fait partie de moi, et me permet de ne jamais m’ennuyer.

Étiez-vous passionné de la bande dessinée depuis votre enfance? Est-ce qu’il y a quelques œuvres qui vous ont joué un rôle décisif pour vous mener sur la voie de la bande dessinée?

J’ai grandi à Bruxelles, en Belgique. La bande dessinée était très présente dans mon enfance. J’ai une passion de toujours pour Hergé, l’auteur des Aventures de Tintin. Je l’ai un peu connu, j’ai écrit plusieurs livres à son propos, j’ai monté des expositions, réalisé des documentaires sur lui. Et son œuvre continue de m’émerveiller. Mais j’ai aimé beaucoup d’autres grands auteurs de la bande dessinée belge, comme Edgar Jacobs (Blake et Mortimer) ou André Franquin (Spirou, Gaston Lagaffe). Pendant mon enfance et mon adolescence, je connaissais mal les comics américains et les mangas. J’ai essayé de me rattraper depuis.

François Schuiten est un ami d’enfance. Nous nous sommes connus à l’âge de 12 ans. Au collège, nous avions créé ensemble un petit journal. Et le dimanche, nous pratiquions la peinture sous la direction de son père, Robert Schuiten, qui était architecte de métier, mais qui pratiquait aussi la peinture. J’ai renoué avec François à l’âge de 21 ans ; il avait publié plusieurs histoires courtes dans « Métal hurlant » et moi un premier roman. Nous avons voulu essayer de réaliser une histoire ensemble. Nous avons très vite retrouvé le plaisir de notre collaboration enfantine. L’aspect amical compte autant pour nous que l’aspect professionnel. Nous discutons ensemble de tous les aspects de nos histoires : le thème, les personnages, le décor, la mise en scène, la mise en page…

Benoit Peters's 1983 (left) and François Schuiten's (right) Photo By MF.Plissart
Current Benoit Peters's (left), and François Schuiten's (right), Photo By Vladimir Peeters


La plupart des Cités obscures, votre œuvre représentative avec François Schuiten, a été déjà traduite en japonais. Il y a beaucoup d’histoires dedans. A quelle histoire avez-vous le plus de l’attachement? Quelle histoire conseillerez-vous au lecteur japonais qui découvrira ce monde immense?

Mon histoire favorite est l’Enfant penchée, qui fait partie du premier volume des « Cités obscures » publié au Japon. C’est l’histoire où l’élément humain a le plus d’importance, celle qui a le plus de résonances personnelles. Mais je reste également assez fier de La Tour ; nous étions très jeunes quand nous nous sommes lancés dans cette histoire, une variation sur le mythe de la Tour de Babel.
Le plus important, bien sûr, c’est le sentiment du lecteur. Nous ne sommes pas les meilleurs juges de ces albums dont certains ont été réalisés il y a longtemps. C’est une grande joie pour nous que de les voir que ces livres sont encore vivants, grâce aux traductions au Japon, en Chine, aux Etats-Unis et dans pas mal d’autres pays. Quand nous avons commencé la série des Cités obscures, nous n’aurions jamais pu rêver d’un tel accueil.

La dernière des Cités obscures est La Théorie du grain de sable. Est-ce qu’on peut lire une nouvelle histoire de cette série prochainement ?

Je ne sais pas… Nous n’avons jamais eu de grand plan d’ensemble pour cet ensemble d’albums qui n’est pas tout à fait une série. On ne retrouve pas le même héros dans les différents albums, ni la même ville. Nous avons développé cet univers un peu comme des explorateurs, sans savoir combien il y aurait de livres ni quelle forme ils prendraient. Il y a des albums en couleur, d’autres en noir et blanc. Il y a des livres qui sont de vraies bandes dessinées, d’autres qui sont plutôt des récits illustrés ; il y a même de petits films qui prolongent cet univers.

Peut-être Les Cités obscures ont-elles trouvé leur conclusion avec La Théorie du grain de sable. Peut-être y aura-t-il de nouveaux albums. Honnêtement, nous n’en savons rien. Pour l’avenir, tout reste ouvert. Nous avons toujours envie de travailler ensemble, mais nous ignorons quelles directions notre collaboration nous emmènera.

Votre dernier ouvrage Revoir Paris a été prépublié en japonais dans Big Comic Original hors série, du novembre 2016 au septembre 2017. Pourriez-vous présenter un peu cette histoire pour des lecteur japonais qui ne la connaissent pas encore ?

Revoir Paris, se déroule dans notre monde, mais au milieu du 22e siècle. Notre héroïne, Kârinh, est d’origine mi-japonaise mi-française. Elle a grandi dans une lointaine colonie spatiale, sans aucun contact avec la Terre. Mais elle n’est pas heureuse dans cette petite société fermée, étriquée, ce gros village du futur. Depuis sa petite enfance, elle est fascinée par Paris, et elle a rassemblé toutes les images qu’elle a pu retrouver à son propos, en mélangeant souvent la réalité historique de la ville et les utopies qu’elle a suscitée. Lorsque Kârinh a la possibilité de partir vers la Terre, elle accepte sans hésiter. Mais sa confrontation avec le Paris réel de 2156 va lui réserver d’immenses surprises…

Revoir Paris ne propose pas un scénario-catastrophe, mais il ne s’agit pas non plus de la description d’un monde positif, qui aurait résolu les difficultés écologiques, sociales et économiques dans lesquelles nous baignons aujourd’hui. Le futur que nous décrivons repose sur un mélange d’éléments parfois contradictoires. Nous ne mettons en scène ni une apocalypse, ni une cité idéale, mais une ville parfois effrayante et parfois désirable, comme celles que nous connaissons aujourd’hui.


Le tome 1 de Revoir Paris a été publié en France en automne de 2014 et tome 2 en automne de 2016. Deux ans s’est passé entre les deux tomes. Pendant ces deux ans, il y a eu des terrorismes à Paris où vous habitez et à Bruxelles où François Schuiten habite. En plus de cela, vous avez été frappé personnellement d’un désastre. Est-ce que ces expériences ont jeté l'ombre à cette oeuvre?

Comme nous avons mis quatre ans à réaliser cette histoire, nous avons forcément été influencés par ce qui s’est passé entretemps. Et tout particulièrement par les terribles attentats qui ont frappé Paris à plusieurs reprises. Mais nous n’avons surtout pas voulu les représenter de manière directe ; cela ne correspondait pas à notre projet. Dans le même temps, l’appartement que j’habitais a été entièrement détruit par un incendie, avec tout ce qu’il contenait : mes livres, mes travaux en cours, les planches originales de bande dessinée que je possédais (dont deux magnifiques pages que m’avait offertes mon ami Jirô Taniguchi). Quelques images de la fin de l’histoire montrent l’immeuble que j’habitais…

Quand Revoir Paris a été prépublié Big Comic Original hors série, c’était noir et blanc à part des premières pages et le sens de lecture était de droite à gauche comme celui de manga. Est-ce que ce livre a été fait ainsi originairement?

Non. Même si nous avons pensé aux lecteurs japonais, même si nous avons très vite été en contact avec les responsable de Big Comic Original hors série, nous avons travaillé à l’occidentale, de gauche à droite, comme nous le faisons toujours. Mais nous avons accepté avec plaisir cette expérience, d’autant que l’adaptation graphique a été réalisée talentueusement par Kaoru Sekizumi.

Part of the “Paris Revisited” French version
Japanese version of the same page

Est-ce que cette œuvre paraîtra au Japon en tant qu’un album? Dans ce cas-là ce sera publié comment? En noir et blanc avec le sens de lecture de droit à gauche?

Oui, l’album sera édité au Japon en 2018. En couleur, car les couleurs représentent un aspect très important de cette histoire. François Schuiten a réalisé un magnifique travail de couleur directe, tout seul, sans assistant, et entièrement à la main. Pour le sens de lecture, nous ne savons pas encore. Je dois en discuter avec notre éditeur au cours de mon voyage… Nous sommes ouverts aux deux possibilités.


Vous visiterez le Japon fin octobre 2017. Quel est l’objectif de ce voyage?

Je veux d’abord dire combien j’aime ce pays et combien j’aime y voyager. J’y suis venu pour la première fois quand j’étais encore étudiant, en 1979, et j’ai été immédiatement séduit. J’y suis revenu huit ou neuf fois depuis, parfois seul, parfois avec François Schuiten, d’autres fois avec le dessinateur Frédéric Boilet (nous avons réalisé ensemble deux histoires qui se passent au Japon, Love Hotel et Tokyo est mon jardin).

Peu à peu, je me suis fait des amis, notamment parmi les auteurs de bande dessinée. J’ai bien connu Jirô Taniguchi avec qui j’avais réalisé un livre d’entretiens (L’homme qui dessine) qui devrait bientôt être traduit en japonais. J’ai aussi eu la chance de rencontrer régulièrement Katsuhiro Otomo pour lequel j’ai une grande admiration. Et nous lui sommes très reconnaissants de la générosité avec laquelle il a soutenu la publication au Japon des « Cités obscures ». J’apprécie bien d’autres auteurs, et notamment des dessinatrices talentueuses comme Kiriko Nananan et Kan Takahama. C’est donc toujours un grand plaisir de revenir.

Cette fois-ci, mon séjour est court, et mon programme est très dense et très varié. J’interviens dans un colloque sur le grand écrivain Paul Valéry à la Maison franco-japonaise. Je présente une conférence sur les débuts de la bande dessinée, de Rodophe Töpffer à Winsor McCay. Une autre sera consacrée au philosophe Jacques Derrida, dont j’ai écrit la biographie. Enfin, j’aurai le plaisir de dialoguer avec Minetaro Mochizuki, sur le thème « la bande dessinée entre le réel et l’imaginaire ».

Pour terminer cet entretien, quels sont vos plans pour le futur ?

En janvier 2018, paraîtra la version française d’une bande dessinée d’un genre tout à fait nouveau pour moi. C’est une histoire à la fois autobiographique et un peu humoristique, dessinée par Aurélia Aurita (une jeune femme qui avait écrit et dessiné Fraise et Chocolat, qui devrait bientôt paraître au Japon). Cette histoire s’appelle Comme un chef. Elle raconte ma passion de jeune homme pour la « nouvelle cuisine », et mes expériences comme cuisinier à domicile. J’ai pris un immense plaisir à écrire ce récit, et je suis enchanté de ce qu’Aurélia en a fait.

Original article by 原 正人, published at October 20, 2017.
Read the original publication at Comic Street