Altaplana, world of Francois Schuiten and Benoit Peeters

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Revisitez les utopies d'hier et pariez sur le Paris de demain avec Schuiten & Peeters

De Jules Verne à Le Corbusier, en passant par Albert Robida et Auguste Perret, François Schuiten et Benoît Peeters proposent de “Revoir Paris” dans une exposition qui fait dialoguer leurs visions de la ville avec des utopies d’architectes et d’urbanistes.

Avant d'être une exposition, “Revoir Paris” est la nouvelle bande dessinée créée par le duo d’auteurs Schuiten (dessinateur) & Peeters (scénariste), disponible dans toutes les bonnes librairies depuis le début du mois. Benoît Peeters la décrit comme “une histoire d’anticipation, un peu différente des Cités Obscures qu’on développe d’habitude”.

En 2156, un groupe d’anciens Terriens vit sur une colonie spatiale. Ils ont coupé tout lien avec leur planète d’origine… Sauf Kârinh, jeune fille au caractère bien trempé qui souhaite retourner sur la Terre - et notamment, voir Paris. Grâce à des pilules mystérieuses, elle peut voyager en rêve dans les lieux décrits par les œuvres, à travers des photos ou des livres. Mais arrivée sur Terre, ce n’est plus tout à fait la même chose…

Schuiten et Peeters, “utopiomanes”

Comme toujours, même quand on est dans l’imaginaire, on a besoin de beaucoup de documentation… Donc on a accumulé toute une série d’images notamment sur les utopies du passé. […] Ces utopies de papier des architectes et nos rêves à nous dans la bande dessinée se complètent assez bien.

Benoît Peeters explique comment le projet s'est construit :

Dans leurs bandes dessinées (“L’Étrange cas du Dr Abraham”, “La Frontière invisible”…) comme dans leurs réalisations “architecturées” (la maison Autrique à Bruxelles, la station de métro Arts et métiers à Paris…), François Schuiten et Benoît Peeters rendent un hommage appuyé aux utopistes et visionnaires de la fin du XIXe siècle - avec une mention spéciale, parmi eux, pour Jules Verne et Albert Robida. François Schuiten a d'ailleurs illustré en 1995 une rééditon du roman “Paris au XXe siècle” de Jules Verne (un roman d'anticipation écrit par Jules Verne, paru à titre posthume en 1994). En voici une planche :

On retrouve chez Jules Verne comme chez Robida des préoccupations qui sont assez proches des nôtres et puis surtout un goût de l’avenir, un caractère ludique qu’il y a dans notre histoire même si elle a des côtés sombres.

Dans l'exposition, la métamorphose de Paris depuis les travaux d’Haussmann est illustrée par des documents historiques originaux, des projets utopiques, confrontés à des planches de leurs bandes dessinées. On y voit des projets fantastiques : la ville nouvelle mais sans histoire imaginée par Le Corbusier, les dirigeables qui envahissent le ciel du Paris d'Albert Robida, les tours gigantesques comme solution au problème - éternel - de logement à Paris selon Auguste Perret…

François Schuiten :

Ces dessinateurs architectes avaient la capacité de donner à voir ce que pourrait être l’avenir

Les projets architecturaux à Paris aujourd'hui manquent d'ampleur - en ce moment, la ville tergiverse pour décider si oui ou non, elle se lance dans le projet de Tour triangle… Les deux scénographes ont voulu proposer aux Parisiens de prendre un peu de hauteur, de voir que des projets fous peuvent être imaginés pour Paris… et de se poser les “bonnes” questions sur leur ville.

Benoît Peeters explique : « La plupart des dessins que nous avons sélectionné sont des dessins qu’on voit peut ; ce sont des images qui ne sont pas concrétisées mais qui auraient pu. Ils ont une crédibilté assez forte mais pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ils ne se sont pas concrétisés.

Ce sont tous les Paris possibles que nous faisons entrevoir aux visiteurs pour aussi rouvrir le champ de l’imaginaire par rapport à cette ville assez figée qu’est Paris - cette ville faussement éternelle. On a une notion très bizarre d’un Paris qui serait “de tous les temps” : “Paris sera toujours Paris”… En réalité, Paris n’a jamais cessé de se transformer ni d'être autre chose que Paris ! Mais l'imagerie est tellement puissante qu’elle nous donne le sentiment que les boulevards hausmaniens, la tour Eiffel ont toujours été là. Cette vision éternisante casse quasiment la possiblité de modifier la ville.

On a le sentiment que, dès qu’on veut toucher à quelque chose, c’est une agression. Or Paris, dès qu’on accepte de l’arpenter réellement, de la vivre au quotiden, c’est loin d’être une ville parfaite ! »

La bande dessinée permet de redonner de l'élan, parce qu'avant de se poser des questions de coût, de difficultés techniques, de temps politique, de temps de la décision, il faut peut-être simplement se donner la chance du possible, la chance de l’imagination, la chance des scénarios multiples.

[…]

Mieux vaut une vision utopique, bizarre, mieux vaut peut-être quelques erreurs, qu’un immobilisme qui se contenterait de dire “laissons les choses évoluer d’elles-mêmes, laissons la ville se faire toute seule”

Eux-mêmes se sont penchés sur cette question (un peu oubliée aujourd'hui) du “Grand Paris”. François Schuiten avait travaillé avec l'architecte Christian Blanc en 2009 à donner “une dimension poétique de ce que pourrait représenter cette idée de ville monde, comment faire grandir Paris à cette échelle”. On retrouve des traces de ces illustrations dans “Revoir Paris” : l'héroïne vole dans la ville comme le petit personnage des illustrations réalisées pour le Grand Paris ; on retrouve également l'idée d'un Paris historique “sous cloche”, pour le protéger.

Un fil rouge traverse toute leur œuvre - et avec cette exposition prend une nouvelle ampleur : “Comment un architecte, un urbaniste, peut-il façonner un espace - et comment cet espace façonne profondément ceux qui y vivent ? Les gens, suivant les villes, suivant le type d'architecture dans lequel ils vivent, se comportent différemment.”

Selon Benoît Peeters, “une architecture dramatise immédiatement l’existence de celui qui s’y inscrit. Une ville aussi : vous ne vous comportez pas de la même façon dans une ville italienne à structure médiévale ou dans Manhattan, dans une grande ville chinoise ou dans une ville chargée de mémoire. Cela conditionne énormement vos déplacements. Et votre façon de vivre. Et peut être votre façon de de rencontrer, votre façon d’aimer, votre façon de travailler….”

A quoi ressemblera Paris dans 10, 30, 100 ans ?

Benoît Peeters s'insurge contre le pessimisme ambiant : “Nous sommes un peu fatigués de l’accumulation de scénarios noirs, et de l’absence de désir du futur ; il y a peut-être eu des périodes d’optimisme béat, de naïveté dans les représentations de l’an 2000. Aujourd’hui, on a l’impression que les scénarios plombants ont tellement pris le dessus que c’est comme si imaginer l’avenir était déjà dangereux.”

Huit personnalités sont invitées dans l'exposition à donner leur vision du Paris de demain. Parmi eux, des architectes bien sûr, mais aussi des écrivains, philosophes et historiens.

Certaines visions sont surprenantes… On y voit par exemple l’écrivain Eric Orsenna rêver “qu'on ait le droit de dynamiter Paris”. L’architecte Toyô Itô, lui, désire “que Paris ne change pas trop dans les décennies à venir”, regrettant que “les villes du mondes entiers deviennent toutes identiques”. Quant à l’architecte Philippe Rahm, il envisage un rétrécissement de la ville, puisqu'à ses yeux la ville est actuellement en décroissance.

Schuiten et Peeters lancent aussi des pistes : ils proposent de découvrir trois monuments parisiens au 22e siècle, contemporains de son héroïne Kârinh. Le Champ de Mars avec la Tour Eiffel, la cathédrale Notre-Dame et le quartier de la Défense sont modélisés en 3D grâce à l’aide des équipes de Dassault Systèmes. Le résultat est assez bluffant : ludique, assez impressionnant graphiquement (on retrouve la patte de Schuiten) et fluide. Le module permet aussi de voyager dans le passé : on peut voir chacun de ces trois monuments aux moments respectifs de leurs constructions - ce qui est particulièrement fascinant dans le cas de la Tour Eiffel : le module permet de la retrouver dans son état originel, avant les modifications de son 1er étage, entourée de ses jardins et pavillons extraordinaires créés à l'occasion de l'exposition universelle de 1889.

Original article by Mariel Bluteau, published at November 21, 2014.
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