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Devoir de transmission selon François Schuiten (Le)

Published before in April and May 2013 at BDZoom.com in two parts by Gilles Ratier.

We don't have an English version of this dossier. If you would like help us with the translation, let us know.


Deux actualités du 9e art nous permettent de consacrer un « Coin du patrimoine » à François Schuiten, ceci afin d’explorer les débuts de sa déjà longue carrière en bande dessinée. La première est la parution du somptueux tirage de luxe de l’intégrale de La Théorie du grain de sable chez Casterman et la seconde concerne ses dispositions pour transmettre son œuvre : faire don de 80% de ses planches originales, de son vivant, à la Fondation Roi Baudouin et à la Maison Autrique en Belgique, ainsi qu’au festival d’Angoulême et à la Bibliothèque Nationale de France ; ceci pour ne pas voir son travail éparpillé et perdu quand il disparaîtra.

Dessin pour un calendrier Le Petit Robert, en 1987.
Autoportrait “brüselien” réalisé vers 1992.

Devant le manque de politique de conservation de ce patrimoine, la charge des droits de succession et l’inflation du marché de l’art, le coauteur des « Cités obscures » s’est interrogé, depuis plusieurs années, sur l’avenir des œuvres dans le domaine de la bande dessinée. C’est ce qui l’a amené à faire une donation d’une grande partie de ses originaux pour que la plupart de ses ouvrages puissent être conservés intégralement et republiés dans des décennies, si l’intérêt s’en fait encore sentir.

Le dessinateur et scénographe belge François Schuiten (prononcer [skœj.tən]) est né à Bruxelles, le 26 avril 1956, dans une famille d’architectes. Son père, Robert Schuiten, était un architecte et peintre très en vue de la capitale belge, dans les années 1950-1960 1) : « J’étais immergé dans les propos liés à l’architecture ; mon futur beau-père était ingénieur-architecte, les amis de mon frère étaient architectes et, du petit-déjeuner au dîner, toutes les conversations tournaient autour de ce sujet, incluant l’inévitable conflit des générations et le regard différent que portait notamment mon frère, de façon militante, lors des années 1968… » 2)

Portrait de Robert Schuiten par son fils François, extrait d'un livret familial.
L’architecture dans « Les Cités obscures » ; ici, dans Brüsel.
Hommage à Jacobs, tiré du port-folio La Marque Jaune aux Archives internationales productions.

L’exigence artistique du père le pousse à donner, à ses enfants, une culture artistique complète, qui rejette cependant la bande dessinée : « Parallèlement, mon frère Luc, plus âgé de quinze ans, m’a fait partager son amour pour la BD. Il avait découvert le journal de Tintin au moment de La Marque jaune d’Edgar P. Jacobs, lors de cette intense période de créativité des journaux Tintin et Spirou. Il avait vécu cet extraordinaire moment et m’avait communiqué ses sensations. En ce sens, il était mon second père… Grâce à mon frère, j’ai appris à regarder de bonnes bandes dessinées, dont Le Fantôme espagnol de Willy Vandersteen, « Corentin » de Paul Cuvelier

« Epoxy » de Paul Cuvelier vu par François Schuiten, dans le catalogue Cent pour cent bande dessinée édité par la CIBDI et Paris bibliothèques, en 2010.
Hommage à Hergé, publié dans Métal hurlant n°86 d'avril 1983.

et, bien sûr, « Spirou et Fantasio » d’André Franquin. J’avais déjà un mouvement immédiat qui me portait vers les beaux livres de BD, les albums toilés du Lombard. Très vite, en même temps que l’histoire proprement dite, j’ai aimé l’objet-livre. » 3)

Luc Schuiten, qui deviendra lui aussi un architecte visionnaire et écrira quelques scénarios pour son jeune frère, l’initie aussi à d’autres classiques franco-belges comme « Lucky Luke » ou « Tintin ».

Mais la grande découverte qui ne cessera jamais d’influencer son travail, ce sera « Little Nemo in Slumberland » de Winsor McCay : « Je me rappelle avoir acheté l’édition française chez Pierre Horay, en économisant. J’avoue que ce livre m’a complètement explosé. Je rêvais de faire la même chose. Tout m’attirait : l’univers bien entendu, le dessin, mais encore l’incroyable format du livre, son toilage… » 4)

2 pages hommage à « Little Nemo » publiées dans l'ouvrage Little Nemo 1905-2005 un siècle de rêves, aux Impressions nouvelles (2005).
2 pages hommage à « Little Nemo » publiées dans l'ouvrage Little Nemo 1905-2005 un siècle de rêves, aux Impressions nouvelles (2005).
Hommage à Winsor McCay, paru dans la revue japonaise Morning en 1991, traduite dans Macadam en 1996.
Hommage à Winsor McCay, paru dans la revue japonaise Morning en 1991, traduite dans Macadam en 1996.

En 1968, François fréquente la même école – le collège Don Bosco – qu’un jeune Français expatrié à Bruxelles, fils d’un haut fonctionnaire français travaillant à l’Europe : Benoît Peeters : « Il était petit et moi plutôt grand, nous étions donc hors-norme et cela a dû aussi nous rapprocher. Nous avons conçu ensemble un journal, dont nous étions presque les seuls intervenants. On travaillait ensemble sur tous les aspects du projet, et ce qui est très amusant, c’est que l’on travaille aujourd’hui comme on le faisait déjà à l’époque : c’est-à-dire en envisageant d’abord les choses de concert, puis l’un les écrivait et l’autre les dessinait. L’idée de l’article était discutée à deux, le plus souvent comme une bonne farce concoctée par deux garnements. Nous nous amusions et rêvions ensemble, il y avait entre nous une dynamique profonde qui laissait les autres intervenants un peu sur le côté. » 5)

Ce journal s’appelait Go et cultivait l’impertinence. C’est aussi à la même époque que notre auteur en herbe commence à faire ses premiers essais bédéesques : « En fait, j’ai voulu faire de la bande dessinée très jeune. Pour mes premières vraies tentatives, j’avais douze ans et je n’ai pas arrêté depuis ! Je me souviens de toutes ces soirées passées à dessiner à perte de vue, le plus souvent avec l’un ou l’autre ami ? Ces premiers travaux, je les réalisais pour apprendre, sans autre perspective que de me qualifier. Ils ont un semblant de professionnalisme avec d’énormes défauts : c’est très curieux. » 6)

Une des planches réalisées par François Schuiten vers 1970.
Dessiner pour penser“, dessin réalisé à l'âge de 16 ans.

Le jeune François illustre aussi les poèmes romantiques d’un ami de son âge qu’il relie en un seul et unique exemplaire : « Je les cartonnais et les mettais en page. Nous voulions réaliser LE bel objet. Et dans ce même ordre de réalisation, je constituais des recueils uniques de BD tirées de journaux, aboutissant à des albums que je trouvais plus beaux que les vrais, car j’avais remarqué la qualité supérieure des couleurs des journaux par rapport aux albums. Plaisir de fabrication du livre, donc : un intérêt qui perdure aujourd’hui. »

Comme pour beaucoup de ses futurs confrères, notre dessinateur rencontre quelques grands anciens afin de mieux s’initier à l’art qu’il souhaite pratiquer : « Nous avons rencontré Guy Bara, l’auteur de « Max l’explorateur ». Jean Roba, lui, n’a pas pu nous recevoir… Quelques années plus tard, j’ai été reçu par Maurice Tillieux qui m’a délivré de très bons conseils. Grand moment avec un drôle de personnage… J’étais allé chez lui. Il m’avait accueilli fort simplement, sans détour. Il avait même réparé ma bicyclette et j’étais reparti avec un dessin qu’il m’avait offert. » 7)

« Devant résoudre tous les problèmes à la fois, scénario et dessin, je bénéficiais heureusement des conseils de mon frère et d’un homme qui a beaucoup compté pour moi : Claude Monfort, un remarquable animateur de dessin animé qui m’a énormément appris sur le mouvement des corps. » 8)

Extrait d'une histoire réalisée sur calque, vers 1974.

Toujours est-il que François n’a que seize ans lorsque ses planches sont publiées pour la première fois dans le n° 704 de l’édition belge de Pilote, daté du 3 mai 1973, alors que la famille de Benoît Peeters quitte Bruxelles pour s’installer en région parisienne. Il s’agit de Mutation, une histoire courte où le jeune illustrateur emploie, déjà, la technique des hachures. Par la suite, il développera ce style de dessin appartenant à la tradition de la gravure, comme dans les illustrations des livres de Jules Verne chez Hetzel, dans de nombreux albums : « Je crois que j’aimais bien, déjà, tout ce qui permet de voyager dans une image, de rêver, de se perdre. Je pense d’ailleurs que le rapport entre ces illustrations de romans et la bande dessinée est très naturel. Ce sont de petits mondes dans lesquels on peut d’attarder. Dans le même ordre d’idées, j’aimais beaucoup les images au lavis de Paul Cuvelier, dans les premiers « Corentin », cette variété de gris, ces jeux sur la lumière et sur la profondeur. Chez Jacobs, j’aimais aussi la minutie, le sens du détail. » 9) « Mon récit était entièrement réalisé au bic, de façon très laborieuse, car je dessinais chaque case sur un papier séparé et, après l’avoir modifiée maintes fois, je la collais sur la planche. » 10)

Les 5 pages de Mutation publiées dans le n° 704 de l'édition belge de Pilote, en 1973.
Les 5 pages de Mutation publiées dans le n° 704 de l'édition belge de Pilote, en 1973.
Les 5 pages de Mutation publiées dans le n° 704 de l'édition belge de Pilote, en 1973.
Les 5 pages de Mutation publiées dans le n° 704 de l'édition belge de Pilote, en 1973.
Les 5 pages de Mutation publiées dans le n° 704 de l'édition belge de Pilote, en 1973.

Un deuxième récit, scénarisé par son frère Luc, est accepté par Pilote, mais n’a jamais paru, car le journal disparaît, faute de rentabilité aux yeux de la rédaction parisienne.

Par ailleurs, on sent que, côté influences, François Schuiten a pris ses distances par rapport aux magazines Tintin et Spirou et qu’il adhère plutôt, désormais, à l’esprit de ce journal Pilote, alors que son grand frère achetait également les mensuels Hara-Kiri et Charlie : « J’avais été émerveillé par les « Philémon » de Fred. Et puis, bien sûr, j’ai été passionné par Philippe Druillet, dès les premières planches qui sont parues. Mais j’aimais aussi Jean-Claude Mézières, Jean Giraud, Gotlib et pas mal d’autres… » 11) « Je considérais Pilote comme le magazine le plus intéressant. Le journal avait alors une édition belge et une rédaction à Bruxelles ; je leur ai proposé mon histoire et, curieusement, ils l’ont acceptée immédiatement. C’était un récit de cinq pages et ça leur convenait bien ? Je n’oublierais jamais ce qu’ils m’ont dit en me qualifiant de plus jeune auteur de toute l’équipe ! »12)

un dessin issu du début de la seconde histoire acceptée par la version belge de Pilote.
Début de la seconde histoire acceptée par la version belge de Pilote, mais jamais publiée ; le périodique ayant disparu entretemps..
Dessin réalisé pour le BD Club Rombaldi.

Par ailleurs, toujours en quête de publication, le jeune dessinateur montre aussi son travail chez Spirou : « Ils m’avaient proposé de faire une « Histoire de l’Oncle Paul ». Ce que j’avais accepté parce que je croyais que c’était un passage obligé : j’avais lu que beaucoup d’auteurs que j’appréciais avaient débuté de cette manière. Le rédacteur en chef de l’époque, Thierry Martens, m’avait donné un scénario sur les jeux du cirque à Rome. Un scénario qui m’a très vite consterné. Il y avait notamment une scène où j’étais supposé dessiner des éléphants marchant sur une corde. Je téléphone au scénariste (Octave Joly) qui me dit, sans se démonter, que si la corde ne me plaît pas, je n’ai qu’à les dessiner sur une barre de bois ! Ce qui était aussi ridicule. J’ai dessiné ces éléphants sur leur barre de bois sans y croire une seule seconde. J’ai d’ailleurs déchiré les planches tellement j’en étais mécontent. Mais cette courte expérience a constitué un choc, entre autres parce que j’avais adoré « Les Histoires de l’Oncle Paul » étant enfant ; je les croyais très instructives. Brusquement, je découvrais que cela pouvait être fait avec une totale désinvolture. Et surtout, je me rendais compte que je n’arrivais pas à dessiner une histoire qui ne m’intéressait pas profondément, une histoire à laquelle je ne croyais pas. »13)

Claude Renard vu par François Schuiten, en 1993.

Entre-temps, en 1975, François Schuiten entre dans la section bande dessinée de l’Institut Saint-Luc animée par Claude Renard : « J’étais alors en latin-maths, mais ces études m’ennuyaient… Je rêvais de pouvoir dessiner et j’ai fortement influencé l’avis de mes parents pour intégrer rapidement une section où le dessin aurait une plus grande place. » 14) « Reçu à l’examen d’entrée par Claude Renard, j’ai été perçu avec une sorte d’inquiétude, puisque j’avais déjà publié. On pensait que j’étais sûr de moi, ce qui n’était pas le cas. Mon premier contact avec Claude fut donc assez distant ; mais, très vite, il s’est avéré que nous étions sur la même longueur d’onde ; et le professeur s’est mis à dessiner avec l’un de ses élèves. Dans le jury de cette fin de première année, il fut donc à la fois juge et partie. Claude a été, pour moi, un formidable catalyseur et il est devenu un de mes grands amis. » 15)

Première page de Flipper trip, au n°1 du 9ème Rêve, en janvier 1977

Entre 1977-1980, François a collaboré aux trois volumes du collectif 9ème Rêve d’où émergèrent les principaux artisans du renouveau de la bande dessinée belge avec trois histoires courtes (les sept planches de Flipper trip au n°1 de janvier 1977 et les cinq de La Chambre - réalisées avec Claude Renard – au n°2 de janvier 1979 et de L’Épopée de Filimor Von Katseff - scénario de Luc Schuiten – au n°3 de janvier 1980) : « Claude Renard voulait marquer sa différence avec les grandes maisons d’éditions belges (Dupuis, Lombard et Casterman), en impulsant une bande dessinée basée sur la recherche et l’expérimentation. L’idée était qu’il fallait pousser le média le plus loin possible dans sa différence. Nous cherchions tous azimuts, à grand renfort de hors cases et de textes décalés. Toute cette effervescence apparaissait comme élitiste et prétentieuse aux yeux des professionnels belges. Cet aspect esthétique leur semblait être l’apanage de jeunes bourgeois jouant à l’avant-garde nombriliste…»

Un extrait de La Chambre au n°2 du 9ème Rêve de janvier 1979, réalisé avec Claude Renard.
Alain Goffin vu par François Schuiten, en 1993.

Comme il a la chance d’avoir un grand atelier dans sa maison, François est régulièrement rejoint par quatre ou cinq autres amis étudiants qui venaient dessiner et refaire le monde avec lui, parfois pendant des nuits entières : « Franquin, qui témoignait d’un regard plus ouvert et beaucoup plus attentif, m’a notamment conseillé de travailler en noir et blanc, me disant que tout était là. C’est lui qui a rédigé une magnifique préface au premier 9ème Rêve. Avec beaucoup de gentillesse, il avait écrit : « il faudra malgré tout apprendre à prendre le lecteur par la main ». Cette belle formule était en même temps la plus poétique et la plus juste, car elle prenait en compte toute notre énergie créatrice. Cette énergie qui a donné, par la suite, naissance aux Philippe Berthet, Antonio Cossu, Alain Goffin, Andreas, Benoît Sokal, Yves Swolfs et les autres. Tous ces auteurs sont issus de ce mouvement créatif impulsé par Claude Renard, on ne le dira jamais assez. Cette dynamique concernait aussi, et c’était nouveau, des dessinatrices talentueuses comme Chantal De Spiegeleer ou Séraphine. Cette expression féminine de la bande dessinée a participé profondément à l’image novatrice de Saint-Luc.» 16)

Un extrait de L'Épopée de Filimor Von Katseff.

C’est pendant ces années d’études, où il travaille énormément, que François Schuiten, en collaboration avec son frère Luc, publie ses premiers récits dans Métal hurlant, à partir du n° 13 de janvier 1977 (avec Carapaces) : « À Saint-Luc, nous étions épatés par ce journal que nous avions découvert très vite. On percevait qu’il se passait quelque chose et c’était comme un pont vers la bande dessinée française, car nous ne nous reconnaissions plus dans la BD belge. Métal hurlant ouvrait une porte à chaque numéro avec Moebius, Philippe Druillet, Jacques Tardi, Nicole Claveloux ou Jean-Michel Nicollet et leurs histoires surprenantes aux techniques diversifiées. On rêvait d’y être publiés. Claude Renard nous avait demandé un exercice avec cette contrainte d’inclure de la photo dans nos pages. Cette particularité avait servi de moteur et, sur un projet de mon frère Luc, Carapaces a pris forme. En présentant nos planches à Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manoeuvre qui avaient un œil connaisseur et rapide, nous avons eu droit au numéro rôdé : « C’est OK ! OK aussi pour les States, etc. » !!! Il avait fallu six mois de travail pour faire ces huit planches, qui collaient bien à l’esprit Métal, et ils m’ont demandé la suite.

Une page de « Carapaces ».

J’ai embrayé avec La Débandade, une histoire plutôt poétique, qui reste une de mes préférées [huit pages publiées dans le n° 23 de novembre 1977]. » 17)

La première page de « La Débandade ».

Avec La Crevasse (huit pages au n° 43 d’août 1979), L’Échantillon (quatre planches au n° 47 de janvier 1980), Le Tailleur de brume (quatorze pages au n° 53 de juillet 1980) et des pages et illustrations supplémentaires reliant les histoires entre-elles, ces récits sont recueillis, en 1981, dans l’album Carapaces : « Le livre qui fut édité avec ces nouvelles est inégal, mais je n’ai pas de rejet pour ces premiers pas ! » 18)

Ce sera le premier des trois formant le cycle des « Terres creuses » – avec Zara et Nogegon – aux Humanoïdes associés , et qui seront réédités chez Casterman (avec, en supplément la reprise en couleurs de L’Épopée de Filimor Von Katseff publié dans le 9ème Rêve n° 3 : « Au départ, nous voulions l’appeler Les Débandades, ce qui était un mauvais titre. C’est Philippe Manoeuvre, là encore très malin, qui nous a répondu : « Non, le bon titre, c’est Carapaces ». Il avait raison. Comme pour Le Rail, d’ailleurs, dont le titre initial était L’Échangeur. Les deux compères nous ont dit : « Le Rail, voilà le titre ! ». Les rédacteurs en chef ont une vue plus juste sur ce terrain. » 19)

Une des pages supplémentaires de l'album Carapaces.

Parallèlement, François Schuiten lance, toujours dans Métal hurlant (du n° 46 de décembre 1979 au n° 49 de mars 1980), Aux médianes de Cymbiola en collaboration avec Claude Renard ; avec lequel il produit également Le Rail, publié dans les n° 60 (janvier 1981), puis dans les n° 65 à 68 (de juillet à octobre 1981). Les albums sortent respectivement, aux Humanoïdes associés, respectivement en 1980 (avec huit planches supplémentaires intitulées Légende, éléments importants et un Épilogue de dix-sept pages) et en 1982 (avec sept planches inédites) : « Avec Claude, cela va très loin, puisqu’à chaquemoment, et jusque dans les moindres détails du dessin, nous intervenons, tour à tour, en cherchant mutuellement à nous surprendre. C’est pousser la collaboration dans son point le plus ultime ; et comme nous n’encrons pas, l’encrage « signant« d’une certaine façon le dessin, le crayonné et les passages de gris autorisent cette osmose. À cestade, il est impossible de répondre à cette simple question : « Qui a fait quoi ? »… Si je travaille moins avec Claude, c’est d’une part parce qu’il s’est un peu éloigné de la bande dessinée, mais aussi parce qu’ilest allé s’installer près de la frontière française. »20)

Aux médianes de Cymbiola, en collaboration avec Claude Renard.
Le Rail, en collaboration avec Claude Renard.

Le dessinateur participe aussi à Coup dur à Stalingrad (sous-titré la plus grande bande dessinée du monde), sorte de cadavre exquis réalisé par les différents auteurs de Métal hurlant, au n° 50 d’avril 1980,

Participation à Coup dur à Stalingrad, dans Métal hurlant n° 50, en 1980.

et au film Gwendoline. Un recueil de ces images concoctées avec Claude Renard pour le long-métrage érotique de Just Jaeckin a été édité par les Humanoïdes associés, en 1982, sous le titre Les Machinistes : « À ce moment-là, l’école étaitun bon outil pour moi. Avec de nombreux exercices, jerépondais à la demande de Claude mais, parallèlement, je continuais de publier… Avouons qu’il régnait une sorte deconfusion : entre ce que je faisais avec mon frère, ce que je dessinais avec Claude et la perspective d’une collaboration avec Benoît qui revenait s’installer à Bruxelles… Je travaillais simultanément pour le 9ème Rêve et pour Métal hurlant. C’estégalement dans ces années propices que Didier Plateau et Jean-Paul Mougin vinrent à l’atelier pour nous parler d’un projet de revue que Casterman voulait lancer. Ils souhaitaient travailler avec quelques jeunes auteurs de Saint-Luc… On peut dire que la période était faste. Les revues nous aspiraient. Elles avaient alors la capacité de nous prendrepour faire un bout de parcours ensemble. C’était une chance inouïe qui n’existe plus sous cette forme aujourd’hui. »21)

Extrait des Machinistes aux Humanoïdes associés, en 1982.

Le cycle des «  Terres creuses », scénarisé par son frère Luc, se poursuit donc dans Métal hurlant, avec quatre récits entre dix et douze pages chacun proposés aux n° 103 à 106 (de septembre à décembre 1984) ; l’album sortira aux Humanos sous le titre Zara, en 1985, complété par les deux récits parus dans (À suivre), aux n° 3 d’avril 1978 et n° 11 de décembre 1978 qui ont été partiellement redessinés et recomposés pour faire douze planches. Un troisième opus (Nogegon) sera publié directement, chez le même éditeur, en 1990, avant d’être réédité, comme l’ensemble de la série, chez Casterman :

Extrait de Zara, épisode partiellement prépublié dans (À suivre).

« Avec Luc, c’est très différent. Curieusement, le travail se fait de manière plus séparée qu’avec Benoît Peeters. Luc avance loin sur l’histoire de son côté, ce qui me contraint, parla suite, à un gros travail de réappropriation. Mon frère propose souvent des dessins, des esquisses de plans pour l’ensemble de la ville ou pour un détail d’architecture ; de mon côté, j’élague et je modifie le scénario, et j’interviens dans les dialogues, beaucoup plus que je ne le fais avec Benoît. Il n’y a donc pas de système dans mes diverses collaborations, pas d’équivalence, chacune est spécifique… Je voudrais souligner qu’avant tout, l’amitié préside à ces collaborations.Ce ne sont pas seulement des livres, mais des moments communs, des soirées, des discussions, des voyages, une proximité. On travaille bien ensemble quand on est proches. » 22)

Mine de plomb, feutre et bic, pour la planche n° 7 de Nogegon (1990).

Dès ses débuts en albums, Schuiten réussit à imposer un univers fantasmatique d’une rare cohérence, témoignant de l’impérieuse nécessité d’une œuvre qui ne doit rien à l’opportunisme et qui se développe selon une logique interne plus ou moins consciemment maîtrisée : « Je me souviens d’une scène incroyable que Jean-Pierre Dionnet m’a fait quand je lui ai annoncé ma collaboration avec (À suivre). Pendant près de deux heures, il vociférait dans son bureau,me traitant de tous les noms, parlant de trahison, disant que j’allaisme perdre… Mais il faut signaler qu’autant il était sympa de voir toutel’équipe des Humanos, autant il était très difficile de se faire payer. C’était sympa, mais assez bordélique. Dans ces conditions, j’aitrouvé qu’il était nécessaire de travailler autrement. » 23)

François Schuiten va alors collaborer à nouveau, mais de façon encore plus étroite, avec son ami d’enfance, Benoît Peeters, à la série « Les Cités obscures » : « En fait, (À suivre) avait refusé Aux médianes de Cymbiola pour différentes raisons, techniques ou autres. Toujours est-il qu’ils acceptèrent avec enthousiasme la proposition des Murailles de Samaris… Entre-temps, Benoît avait écrit son mémoire sur Les Bijoux de la Castafiore (publié sous le titre Les Bijoux ravis) ainsi que La Bibliothèque de Villers (roman publié par les Impressions nouvelles). Et puis, il avait aussi écrit un beau texte sur Carapaces et La Débandade. Il aimait la bande dessinée et était très intéressé par le médium. Par conviction, parce qu’il s’était établi une rare connivence entre nous, je sentais qu’il était le collaborateur idéal. Ainsi, après avoir envisagé plusieurs thèmes (dont certains sur lesquels j’avais planché dans le 9ème Rêve), nous avons trouvé un sujet plus neuf qui a servi de base à Samaris. » 24)

Une planche originale des Murailles de Samaris.

Le premier épisode, Les Murailles de Samaris, paraît dans les n° 53 à 56 d’(À suivre), entre juin et septembre 1982 et l’album publié en 1993 chez Casterman sera retenu par la très sérieuse revue Lireparmi les vingt meilleurs livres de l’année 25)

« Après Les Murailles de Samaris, nous avons dit à Jean-Paul Mougin [le rédacteur en chef d’(À suivre)] que, continuant dans la même veine, il fallait trouver untitre générique. Il avait sorti quelque chose du genre « Cita Obscura, comme dirait Muñoz…, les Cités obscures ». Benoît et moi avionsrépondu : « Oui, un truc comme ça mais on va sûrement trouver mieux. » On n’a jamais trouvé mieux.

Portrait d'Eugen Robick, le protagoniste de La Fièvre d’Urbicande.

Il faut admettre ces trouvailles d’autrui quand elles possèdent cette justesse. Jean-Paul Mougin a très bien perçu les enjeux de la série, le pari de chacun de nos livres… Dès les premières planches de La Fièvre d’Urbicande [la deuxième histoire du cycle qui fût publiée du n° 68 de septembre 1983 au n° 73 de février 1984], bien que le style en fût très différent, nous avons senti que l’histoire appartenait au même univers que Les Murailles de Samaris. Le dossier de presse qui accompagnait la sortie du premier album a également joué un rôle dans la mise place de la série. L’attachée de presse de Casterman, Joëlle Faure, écrit un slogan du genre : « Désormais, le héros, ce n’est plus le personnage, mais le décor, la ville, l’architecture. » Cette formule a été reprise partout. Combien defois nous l’a-t-on resservie ? Une phrase commecelle-là, dans le fond assez réductrice, peut rendredes services extraordinaires. Notre travail s’est trouvé repéré, identifié, ce qui est une chance considérable. À nous, ensuite, d’être capables de nous libérer de cette étiquette. » 26) L’album LaFièvre d’Urbicande, qui paraîtra aux éditions Casterman en 1985 obtiendra l’Alfred du Meilleur album de l’année au Festival d’Angoulême.

Le monde des « Cités obscures » est situé dans un univers parallèle au nôtre, avec de nombreux passages vers le monde réel. Certains artistes de notre monde y sont d’ailleurs célèbres, tels que l’architecte Victor Horta ou l’écrivain Jules Verne ; alors qu’Eugène Robick, l’urbatecte de La Fièvre d’Urbicande, n’est autre que Robert Schuiten, le père de François et Luc. Voilà encore une preuve de la nécessité de transmission et de respect des grands anciens prônée par le dessinateur : « Devant le développement de la série « Les Cités obscures »,

mon frère était très troublé par le fait qu’y étaient abordés des problèmes liés à l’architecture, domaine qui lui était proche. Et son trouble s’est amplifié par le fait que notre démarche commune avait, par certains côtés, divergé. Zara m’avait posé des problèmes et nous avons refait trois fois la fin. Je sentais qu'une distance s’installait. Mon frère s’estalors proposé lui-même de bâtirun récit proche d’un concept « Cités obscures ». Benoît a tout de suite été intéressé par ce projet : nous avions des discussions à trois à n’en plus finir, car c’était une création très compliquée à gérer. Jamais nous n’avions rencontré de telles difficultés à résoudre. Benoît est intervenu sur certains dialogues, et moi je travaillais sur les cinquante-six pages à la fois ; il n’yavait pas moyen de faire autrement, compte tenu de la gageure engagée sur cette totale symétrie du récit. Si mon frère s’estattaqué à un tel projet, c’est aussi parce qu’il n’est pas vraiment unprofessionnel du scénario. Il fallait une part de naïveté pour porter avec force ce projet jusqu’au bout. C’est ce que j’aime dans mon travail avec lui, car techniquement c’est beaucoup plus difficile qu’avec Benoît. C’est un travail qui peut s’effectuer dans la douleur. Ces carences de construction narrative étaient totalement palliées par des idées extraordinaires comme celle qui préside à Nogegon. Je considère que, même si le livre n’est pas complètement abouti, il traduit unegrande ambition. » 27)

La série « Les Cités obscures » va ensuite se constituer, successivement de La Tour (publié dans (Àsuivre), du n° 95 de décembre 1985 au n° 102 de juillet 1986 ; album en 1987),

Planche parue dans le n° 95 d'(À suivre), annonçant la prépublication de La Tour.

La Route d’Armilia (seules les dix-neuf premières planches sont publiées dans (À suivre), au n° 123 d’avril 1988 ; album en 1988) 28) , Brüsel (publié dans (À suivre), du n° 158 de mars 1991 au n° 160 de mai 1991 puis du n° 171 d’avril 1992 au n° 173 de juin 1992 ; album en 1992), L’Enfant penchée (publié dans (À suivre), du n° 193 de février 1994 au n° 212 de septembre 1995 ; album en 1996), L’Ombre d’un homme (album en 1999), La Frontière invisible (deux tomes en 2002 et 2004) et La Théorie du grain de sable (deux tomes en 2007 et 2008), tous aux éditions Casterman dans des éditions qui sont, aujourd’hui complètement revues et complétées :  « On cite beaucoup Jules Verne à mon égard, mais je crois avoir été plus impressionné par Kafka. Curieusement, ses écrits ne m’ont pas paru difficiles. Au contraire, je me suis coulé dans l’œuvre. Je me souviens vraiment de la lecture du Château… Comme pour McCay, j’avais cette fois-ci les entiment de trouver enfin un univers littéraire qui me plaisait. C’est très étrange ! » 29)  Traduite en une dizaine de langues, la série « Les Cités obscures » et leurs auteurs ont obtenu de nombreux prix dont le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2002 et le Grand prix Manga au Japan Media Arts Festival 2013. Leur goût du détail les a aussi poussés à proposer des livres d’images (souvent déjà utilisées dans des revues ou pour divers travaux, mais qui sont, pour l’occasion, complètement modifiés et retravaillés) complétant la cohérence de l’univers des « Cités obscures », à l’instar de L’Archiviste (1987), Le Musée A.Desombres (1990) L’Écho des Cités (1993), Le Guide des Cités (1996), The Book of Schuiten (2004) ou Les Portes du possible (2005), pour ne citer que ceux qui ont été publiés chez Casterman.

Toujours sur scénarios de Benoît Peeters, le dessinateur livre également quelques autres travaux de commande pour la revue (Àsuivre) : comme l’hommage à Hergé paru dans le n° 45 d’avril 1983 et celui à Hugo Pratt dans le n° 213 d’octobre 1995. D’autres se rapportent également à l’univers des « Cités obscures ».

C’est le cas d’Utopies (cinq planches au numéro spécial Architectures de janvier 1985), L’Étrange cas du docteur Abraham (douze pages dans le n° 109 de février 1987 qui furent réunies dans un album publicitaire – donné pour l’achat de deux albums de la série, en 2001), les six planches du Passage aux n° 133, 135 et 138 de février, avril et juillet 1989, ou les deux dernières réalisées pour l’ultime numéro (le 239 de décembre 1997), avant que le tout soit intégré dans les nouvelles éditions de la série.

Hommage à Hugo Pratt dans (À suivre), au n° 213 d’octobre 1995
Image du film Taxandria.

François Schuiten, désormais élevé au rang de baron par le roi Albert II, a également dessiné d’innombrables affiches, illustrations, sérigraphies et lithographies. Il a réalisé une dizaine de timbres pour la poste belge. Il a collaboré à la conception graphique de films, dontTaxandria de Raoul Servais (1994) et MrNobody de Jaco Vandormael (2010), et est coauteur d’une série en animation de synthèse : Les Quarxs de Maurice Benayoun (à partir de 1990). Son travail sur Taxandria fut réexploité dans le livreSouvenirs de l’éternel présent publié chez Arboris, en 1993 : soixante-douze images surmontant des textes de Benoît Peeters qui seront redessinées dans la bande dessinée éponyme ; soixante et une planches qui intégreront le cycle des « Cités obscures » sous la forme d’un album aux éditions Casterman, en 2009 : « Mon père n’aimait pas du tout la peinture surréaliste. Moi, ça me plaisait plutôt, mais je n’en étais pas non plus très proche. C’est peu à peu, et notamment à travers le travail sur le film Taxandria, que je me suis rapproché de la peinture surréaliste. Et aussi des symbolistes, comme Khnopff et Spilliaert. Eux aussi pratiquent une peinture un peu « impure », un peu « littéraire », à certains égards. » 30)

Extrait de Mr Nobody de Jaco Vandormael.

Avec Benoît Peeters, François Schuiten est aussi le coscénariste de deux documentaires-fiction : Le Dossier B (1995) et L’Affaire Desombres (2001). Par ailleurs, il est le scénariste de Dolorés dessiné par Anne Baltus (pré-publié dans (À suivre) en 1989, album Casterman en 1991) et de Plagiat ! dessiné par Alain Goffin (album Humanoïdes associés en 1989), ainsi que le scénographe de La Ville imaginaire (aux Cités-Ciné de Montréal, en 1988),Le Musée des ombres (présenté successivement à Angoulême, Sierre, Bruxelles et Paris, à partir de 1990) ou le pavillon du Grand-Duché de Luxembourg à l’Exposition Universelle de Séville (en 1992), ainsi que La Cenerentola, opéra de Rossini présenté à La Monnaie à Bruxelles et à l’Opéra de Lyon (2008). Il est également le responsable de deux stations de métro (Porte de Hal à Bruxelles en 1993 et Arts et Métiers à Paris en 1994) et le concepteur du gigantesque Pavillon des Utopies (A Planet of Visions) qui a accueilli cinq millions de visiteurs à l’Exposition Universelle d’Hanovre, en 2000, ainsi que du pavillon belge à l’Exposition de Aïchi, en 2005. Tous ces travaux scénographiques sont évoqués dans le livre Voyages en utopie (aux éditions Casterman, en 2000).

Extrait de l'édition originale du Musée A. Desombres (1990).
Voyages en Utopie (Casterman, 2000).

François Schuiten a aussi réalisé la scénographie de l’exposition-spectacle Le Transsibérien, présentée à Bruxelles au Musée du Cinquantenaire dans le cadre d’Europalia Russie. Avec Benoît Peeters, il s’est occupé, à Bruxelles, de la restauration et de l’aménagement scénographique de la Maison Autrique, premier édifice Art nouveau du grand architecte Victor Horta (voir l’ouvrage De la maison Autrique à la maison imaginaire, chez les Impressions nouvelles, en 2004). Avec Benoît Sokal, il travaille également à la conception graphique d’un film en animation de synthèse (Aquarica) et sur l’univers d’un spectacle itinérant de chevaux autour des performances de Mario Luraschi : « J’aime le travail de collaboration, les liens qui se tissent, la discussion, le plaisir et l’amitié qui sont à la base. J’ai besoin de ce rapport et généralement, je peux dire que ce domaine de la collaboration me passionne ,même au-delà de la bande dessinée. J’aibeaucoup d’enregistrements pirates deLennon et Mac Cartney, et les problèmes de composition musicale de l’un sous le regard de l’autre, leurs ruptures, leurs critiques mutuelles, ont été riches d’enseignements pour moi. Une collaboration est quelque chose de magique et de fragile, il faut l’entretenir et la remettre en question, la repositionner et tout mettre en œuvre pour casser la routine. Il faut revivifier son plaisir et ne pashésiter à prendre des risques. » 31)

Aquarica avec Benoît Sokal.

Enfin, en 2012, François Schuiten 32) s’est lancé, seul aux commandes, sur des rails inédits avec La Douce (toujours chez Casterman). Ce bel album pose la question de l’adaptation ou de la résistance à l’inévitable évolution technique, laquelle ne doit pas signifier la destruction d’un patrimoine culturel : car l’avenir ne doit absolument pas se couper du passé… La poursuite de cette magnifique parabole sur la transmission (encore et toujours la transmission !) peut se réaliser grâce à l’outil informatique et à une webcam où le lecteur découvre que la locomotive est capable de sortir du livre. Ce que les concepteurs de ce projet, avec la complicité de Dassault Systèmes, appellent la réalité augmentée est une manière originale de combiner le livre et le numérique, tout en apportant une dimension complémentaire à cette belle et émouvante histoire ; voir  sur http://www.12-ladouce.com/.

Gilles RATIER

Illustration pour Les Mers perdues de Jacques Abeille, aux éditions Attila.
Planche crayonnée de La Tour.

Exposition De Piranèse à Schuiten, au Château de Vincennes, en 2012.
1) À ce sujet, nous ne pouvons que vous conseiller de consulter le passionnant Schuiten Filiation de Philippe Marion, publié chez Versant Sud, en 2009.
2) , 3) , 5) , 6) , 8) , 10) , 12) , 15) , 16) , 17) , 19) , 20) , 22) , 26) , 27) , 31) Extraits d’une interview de François Schuiten par Michel Jans et Jean-François Douvry parue dans Schuiten & Peeters : autour des Cités obscures, aux éditions Mosquito, en 1994.
4) , 7) , 14) , 18) , 21) , 23) , 24) , 29) Extraits d’une interview de François Schuiten par Christian Marmonnier parue dans le n° 14 des DBD : Les Dossiers de la Bande Dessinée, aux éditions BFB, en 2002.
9) , 11) , 13) , 30) Extraits d’une interview de François Schuiten par Benoît Peeters parue dans The Book of Schuiten, aux éditions Casterman, en 2004.
25) L’édition actuelle des Murailles de Samaris, publiée en 2007 chez Casterman, correspond à la version de l’album paru en 1984 (avec une case redessinée à la planche 35 et une fin remaniée à partir de la planche 42 pour faire quarante-six pages, soit deux pages supplémentaires) à laquelle l’éditeur a rajouté des inédits :
  • les seize pages d’un récit intitulé Les Mystères de Pâhry, fragments d’une histoire, plusieurs fois retravaillés, qui aurait dû succéder à La Fièvre d’Urbicande et qui correspondent aux pages publiées dans le numéro spécial Architectures de la revue (À suivre) et aux planches du Passage proposées dans cette même revue, en 1989
  • et les douze pages de L’Étrange cas du docteur Abraham.
28) L’édition actuelle de La Route d’Armilia , publiée en 2007 chez Casterman (avec comme sous-titre Et autres légendes du monde obscur), correspond à la version de l’album paru en 1988 (soit soixante pages dont huit de bandes dessinées et cinquante-deux d’illustrations de textes), à laquelle l’éditeur a rajouté des inédits :
  • le conte illustré Mary la penchée publié sous une forme de live isolé chez Casterman, en 1995.
  • les illustrations du conte Les Chevaux de lune (livre pour enfant, avec de courts textes sous images éliminés ici, publié chez Duculot, en 2004) qui forment huit pages de bandes dessinées.
  • Douze planches d’une bande dessinée non publiée ailleurs (à notre connaissance) et intitulée La Perle.
32) Pour en savoir plus sur François Schuiten, voir aussi les revues (À Suivre) n° 68, Les Cahiers de la BD n° 56, n° 69 et n° 87, PLG n° 25, À l’Aise n° 5, Sapristi n° 3, Synopsis n° 1, Angoulême 90 le Magazine, La Lettre de Dargaud n° 20, Swof n° 23, Auracan n° 15, Artmania n° 3, Houba n° 18, L’Indispensable n° 2, Bachi-Bouzouk n° 2, Ekllipse n° 6, Les Rêveurs de Runes n° 4, Bang ! N° 1, L’Inédit n° 15, 9e Art et Communication n° 21, Bo Doï n° 77, n°109 et (HS) n°18, Le Collectionneur de Bandes Dessinées n° 103, BullDozer n° 4, [dBD] n°19 et n°62, CaseMate n° 6, n° 19, n° 29, n° 47 et n° 50, L’Avis des Bulles n° 134, On a marché sur la Bulle n°2 7 et Cinéma et bande dessinée (Cinémaction n° spécial HS été 1990), ou encore les ouvrages Itinéraires dans l’univers de la bande dessinée de Michel-Édouard Leclerc aux éditions Flammarion (2003), François Schuiten, histoires de timbres de Jean Auquier aux éditions du CBBD (2003) et 20e festival B.D. Solliès-Villeaux éditions A.LI.EN. (2008).