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Destination Mars, avec François Schuiten et Sylvain Tesson

C’est un curieux objet que cet ouvrage, « Mars », dans la collection Louis Vuitton Travel Book. Alors que jusqu’ici, elle nous faisait faire le tour du monde avec les plus grands illustrateurs et auteurs, notamment de bande dessinée comme Miles Hymans à Rome, Javier Mariscal à Los Angeles, Jirô Taniguchi à Venise, Floc’h à Edimbourg, Ever Meulen à Bruxelles, Thomas Ott sur la Route 66 ou Lorenzo Mattotti au Vietnam, voici la collection s’ouvre à une destination inédite : Mars…

Un périple en 161 jours, dans un journal daté du XXIIe siècle (l’homme y a posé le pied depuis longtemps, mais la question reste d’y habiter), un texte porté par la voix du grand voyageur -terrestre- Sylvain Tesson ? Lui qui arrive si bien d’ordinaire à magnifier notre planète avec ses mots, imagine un récit à mesure que les jours de la mission s’égrènent, tandis que François Schuiten les illustre de son dessin gravé qui rappelle ceux de Moebius et des illustrateurs de Jules Verne.

Ces pages s’intercalent dans une longue suite de dessins panoramiques d’une puissance sans pareille aux étonnants effets de lumière, de couleurs et de matière où Schuiten déploie toute sa maestria. Nous sommes tour à tour dans des déserts sablonneux, dans des canyons rougeoyants, dans des sous-sols cristallins, dans des jungles souterraines…

L’ouvrage était présenté mardi dernier au Théâtre Marigny des Champs-Élysées. Nous y étions.

Mardi au théâtre Marigny à Paris. François Schuiten et Sylvain Tesson (au centre) parlent de leur album, interrogés par Olivier Delcroix (rédacteur en chef adjoint du Figaro) et la conférencière Sara Yalda.


Une réalité et un rêve

« Cela n’a l’air de rien mais c’est très documenté, nous dit François Schuiten. On a une vision très réduite de Mars. On croit que c’est un désert rouge, mais en fait c’est beaucoup plus varié et c’est cela que j’avais envie de montrer. […] Ce qui est beau avec Mars, c’est qu’elle a été représentée à toutes les époques, j’ai des livres de Camille Flammarion qui représentent la planète avec des camions martiens. Chaque époque invente son Mars ; et ce n’est pas parce que l’on a des photos qu’il n’y a pas encore beaucoup de choses à découvrir, à rêver autour de Mars. »

Les sources sont certes influencées par le patrimoine graphique et même cinématographique du sujet mais ce sont surtout les photos de satellites qui ont alimenté les images. L’album a été conçu comme une suite de dessins sans véritable logique, quasi complètement pendant le confinement, « j’étais comme un sac de sable immobile… » dit Schuiten.

Sylvain Tesson et François Schuiten (Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)


D’où l’idée d’aller chercher le grand voyageur Sylvain Tesson. Géographe de formation, on lui doit de formidables textes comme Une vie à coucher dehors, Goncourt de la nouvelle 2009 ou encore son essai Dans les forêts de Sibérie, Prix Médicis 2011. Il sort ces jours-ci un film tiré de son roman La Panthère des neiges (Gallimard). « Sylvain, contrairement à moi, est un reptile, il avance, quoi qu’il advienne… C’est donc le mariage du sac de sable et du lézard ! » nous dit Schuiten dans un rire. « Il me fallait quelqu’un qui sache ce que c’est que le danger », résume-t-il.

Une fable moderne

Et il a de la chance avec Tesson qui aime bien la bande dessinée et en particulier chez Schuiten sa touche rétrofuturiste, son inspiration esthétique vernienne, une tradition graphique qu’il désigne comme « une fantasmagorie techniciste qui était encore humaniste. »

Mais il a aussi ses propres références, comme les Chroniques martiennes de Ray Bradbury. « Il faut distinguer la SF techniciste et la SF humaniste, professe-t-il. Avec Philip K. Dick et Isaac Asimov, ce sont des écrivains qui ont compris que la science-fiction n’était pas une affaire de robots hideux et de vaisseaux spatiaux débiles avec des types qui allaient se tirer dessus pendant toute la journée entre les galaxies, mais au contraire quelque chose de profondément mental. Ils ont inventé une science-fiction anthropologique, métaphysique et psychologique qui était géniale. Ils ont compris que l’astrophysique, c’est de la neurologie et que la science-fiction se passe là-dedans », dit-il en désignant son crâne.

Mars – Par François Schuiten et Sylvain Tesson – Louis Vuitton Travel Books


Il poursuit : « Les prochains champs d’exploration se situeront là-dedans, et c’est pour cela que cela ne vaut pas trop la peine d’aller voir ailleurs… Dans les romans et les chroniques martiennes de Ray Bradbury, qui ressemblent beaucoup en illustration ce que fait François Schuiten, il y a toujours l’illusion, le rêve, le contrôle de la pensée, la télépathie, la psychose, les projections mentales, la manipulation,… nous avons là un champ d’expérimentation extraordinaire et qui ressemble à ce que nous connaissons aujourd’hui, puisque nous sommes, masse humaine de huit milliards d’individus mis en tension les uns avec les autres par la révolution cybernétique, nous commençons à créer une espèce de psyché cognitive planétaire.

La Terre change de peau, elle n’est plus environnée d’une espèce de grande onde électromagnétique mais par une onde cybernétique : il y a comme une réunion de tous les microprocesseurs et des terminaux informatiques sous la forme des smartphones qui sont en ce moment dans vos poches. Il y a une tension planétaire extraordinaire qui ramène davantage à une science-fiction à la Philip K. Dick ou à la Ray Bradbury qu’à une SF de vaisseau spatial telle que des types comme George Lucas, plus tard, des grands cycles comme Star Wars… »

Cela donne le ton des conversations que ces deux grands rêveurs ont pu entretenir en réalisant ce livre.

Original article by Didier Pasamonik (L’Agence BD), published at November 13, 2021.
Read the original publication at ActuaBD