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« La BD est un langage à part entière »

Le scénariste et spécialiste du monde de Tintin, Benoît Peeters participe aux Rencontres de la BD et de l'Illustration qui se déroule à Bastia. Photo: Christian Buffa


L'écrivain est le démiurge des « Cités obscures » avec son ami et dessinateur François Schuiten. Ancien élève de Roland Barthes, il est aussi le spécialiste d'Hergé et garant de sa magie.

Homme de lettres, nourri d'influences philosophiques, Benoît Peeters a créé il y a une trentaine d'années un monde imaginaire : Les Cités obscures avec le dessinateur François Schuiten. Il est aussi le spécialiste et biographe d'Hergé. L'écrivain est parvenu à percer quelques mystères de l'auteur des Aventures de Tintin. Dans les salons du centre culturel « Una Volta », qui accueille BD à Bastia, le scénariste de 65 ans tourne les pages de la riche histoire de la bande dessinée et de ses personnages inimitables.

Vous êtes présenté comme le spécialiste de la BD. Vous êtes aussi avec François Schuiten, le démiurge des albums « Les Cités obscures ». Pour ceux qui les découvrent, comment présentez-vous cette cité illusoire ?

C'est un monde parallèle qui a des proximités avec notre monde, nourri de plusieurs influences, et qui n'est pas détaché de la réalité. Les influences sont à la fois littéraires, cinématographiques, picturales et même musicales.

Quel a été le point de départ de cet univers imaginé il y a une trentaine d'années ?

On est des amis d'enfance et naturellement, à cette période, on se crée des mondes imaginaires. Par ces albums, on l'a créé comme des adultes autour du thème de la ville qui s'est imposé dès le premier album. D'abord parce qu'on était des enfants des villes, mais aussi parce que le père de François était architecte. Cette première histoire a été bien accueillie et on a éprouvé l'envie d'en faire une deuxième située dans ce même monde qu'on ne connaissait pas.

En mêlant invention et réalité pour donner du sens à cette cité obscure, vous semblez chercher à crédibiliser son existence…

Dans les dernières éditions en quatre volumes, l'accent est mis sur les liens entre les histoires. On a des cartes, une chronologie et même un dictionnaire des personnages à la façon d'un jeu de rôle. C'est une autre manière de lire « Les Cités obscures ». L'autre façon est plus indépendante. Les récits ont chacun leur cohérence et le lecteur peut les aborder comme des unités. S'il a aimé l'histoire, il peut être tenté d'aller plus loin et découvrir, petit à petit, les ramifications.

Au fil des albums, une relation s'est construite avec le lecteur. Était-ce le but originel ?

Il est arrivé que des lecteurs prennent très au sérieux ce monde et même plus que nous ! Ils ont l'impression qu'il y a des vérités cachées. C'est vrai qu'il y a beaucoup d'éléments vrais car nos albums s'appuient sur une forte documentation. Une jeune femme nous a écrit pendant des années se faisant passer pour un de nos personnages « Mary la penchée ». Nous avons joué avec ces lettres pendant plus dix ans on l'a pris comme un élément nouveau pour nos travaux. On ne savait plus à ce moment qui manipulait qui !

Il y a des mondes inventés qui fascinent à l'instar du « Seigneur des anneaux ». Votre Citée pourrait même être le décor d'un jeu vidéo ?

On a été approché plusieurs fois, et même par des cinéastes, mais nous nous aimons la liberté imaginative que seul le dessin permet. Le fait que l'éditeur nous fasse confiance aussi et qu'il n'y a pas d'enjeux financiers trop importants.

Vous travaillez sur une biographie d'Alain Robbe-Grillet, « pape » du Nouveau Roman. Vous revendiquez-vous vous-même, en quelques points, de ce courant littéraire ?

La structure de la cité obscure, qui n'est pas linéaire, à la façon d'un puzzle à finir, en relève certainement. Alain Robbe-Grillet a d'ailleurs été un lecteur des premiers albums. Il y voyait une certaine continuité avec le Nouveau Roman dont j'étais un admirateur.

Vous êtes aussi le biographe d'Hergé, l'homme aux 250 millions d'albums vendus, traduits en 120 langues et dialectes...

Hergé est une admiration commune à François Schuiten et moi-même. J'ai eu la chance de le connaître. Il reste une référence incontournable. Si la bande dessinée franco-belge s'est à ce point développée c'est grâce à lui. Il y avait chez lui une idée de la BD qui était insolite. Il a fait Le Lotus bleu comme un album engagé qui prend le parti de la Chine agressée par le Japon. Les deux personnages majeurs dans la BD franco-belge du XXe ont été Hergé et Goscinny. Ils ont fait grandir la BD. Nous sommes tous des enfants ou petits-enfants d'Hergé.

Y a-t-il du Hergé dans ses personnages ?

Énormément ! C'est d'ailleurs pour cela qu'il n'y a pas eu de Tintin après sa mort car il ne le souhaitait pas. Il disait à la façon de Flaubert, Tintin c'est moi, mais Haddock aussi, les Dupond c'est moi lorsque je suis stupide, Tournesol quand je suis distrait. Tous ses personnages représentent une part de lui-même et l'œuvre peut-être lue comme une chronique de sa propre vie. De façon tout à fait troublante, Haddock est atteint de dépression au moment où Hergé l'est lui-même. Tintin est déchiré intérieurement lorsque Hergé est en train de se séparer de sa première épouse.

Auriez-vous aimé que les aventures de Tintin se poursuivent après la disparition d'Hergé ?

Non ! Je pense qu'on peut imaginer, à la façon d'Émile Bravo avec Spirou, des albums hommage. On ne peut pas imiter le style d'Hergé, ce qu'il a fait est unique.

Les possibilités sont de toute façon limitées puisque la société Moulinsart garde la main sur les reproductions et effigie du personnage…

La seconde femme d'Hergé, a épousé Nick Rodwell, qui préside tout cela avec rigueur. Je n'ai pas toujours été en accord avec lui, mais l'un dans l'autre, le bilan est plutôt bon. Une grande œuvre c'est un univers et donc une marque très protégée, mais parfois les amoureux de l'œuvre ont l'impression qu'elle leur appartient aussi car il s'agit d'un morceau de leur enfance.

Conservez-vous chez vous un orignal de Tintin ?

J'avais un certain nombre de dessins dont un petit dessin d'Hergé représentant sa femme mais mon appartement a été détruit par le feu il y a quelques années. Heureusement que j'étais amateur et non collectionneur. Mais j'ai mis en lieu sûr ses lettres et la première interview que j'avais faite de lui. Il l'avait annotée en transformant assez fortement le contenu. C'est un beau souvenir.

Son talent qui pourrait en être l'héritier aujourd'hui ?

Lorsque Hergé a démarré il n'avait pas de concurrence. Aujourd'hui, la BD est riche et diverse avec des centaines d'auteurs qui publient régulièrement mais aucun d'eux n'a la capacité de s'adresser à la fois aux enfants et aux adultes, d'être transmis de génération en génération, et de pouvoir être lu de manière naïve comme savante.

Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération de dessinateurs ?

On a eu cette tendance du roman graphique où s'illustre par exemple Riad Sattouf, puis la féminisation tardive de la BD, une internationalisation aussi, cela crée un paysage créatif très vivant, mais en même temps qui ne permet pas à une œuvre d'être reconnue comme la plus importante. Aujourd'hui, j'ai une admiration particulière pour Chris Ware qui a eu le grand prix cette année à Angoulême. Auteur génial, mais en même temps difficile.

Vous participez à BD à Bastia, un rendez-vous qui repose autour de rencontres. Quelle est la meilleure façon de comprendre cet art ?

Les Rencontres de la BD à Bastia ont une place particulière. Elles s'illustrent par l'ambition et l'originalité : parler aux plus jeunes, les rendre plus sensibles aux dessins, mais aussi montrer que la BD ne se résume pas à une lecture facile et qu'elle peut ouvrir sur le monde. Trop longtemps on a entretenu l'idée que la BD était réservée aux amateurs. La bande dessinée est un langage à part entière. Elle ne s'enferme pas dans une définition et c'est mieux ainsi !

Original article by Julie Quilici-Orlandi, published at September 19, 2021.
Read the original publication at Corse matin