Altaplana, world of Francois Schuiten and Benoit Peeters

the impossible & infinite encyclopedia of the world created by Schuiten & Peeters

User Tools

Site Tools


Main menu

Main menu

Browse dictionary

Browse in logical order:
Persons | Cities | Albums | More topics

Browse in chronological order:
Timeline | Obscure Timeline | New pages

Browse in alphabetical order:
A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | XYZ


Altaplana.be the offical site about François Schuiten and Benoît Peeters

Visit also

Visit Catalogue

Visit Office of Passages

Visit Atlantic 12


Blake et Mortimer: «Le Dernier Pharaon transforme Bruxelles en une zone inhabitée»

Le 30 mai, Blake et Mortimer vont enfin élucider le mystère de la Grande Pyramide dans « Le dernier pharaon ». L’auteur des Cités obscures François Schuiten, le cinéaste Jaco Van Dormael, le romancier Thomas Gunzig et le coloriste Laurent Durieux ont découvert ensemble la clé de l’énigme. Ils nous révèlent les secrets de cette aventure hors-série de Blake et Mortimer en avant-première.

Thomas Gunzig, Laurent Durieux et Jaco Van Dormael autour de François Schuiten devant la table à dessin sur laquelle est né « Le Dernier Pharaon ». - BRUNO DALIMONTE.

Le 28 mai 1952, dans le journal Tintin , le professeur Mortimer sortait de la chambre d’Horus frappé d’amnésie. Le cheik Abdel Razek avait effacé de sa mémoire tout souvenir de la découverte des trésors du pharaon Akhénaton dissimulés dans cette chambre secrète, sous la Grande Pyramide de Khéops. De cette aventure, il ne restait qu’une bague énigmatique au doigt de Mortimer. Abdel Razek ne lui en avait pas donné la clé.

Soixante-sept ans plus tard, François Schuiten, Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig et Laurent Durieux vont aider un Mortimer vieillissant, brouillé avec le capitaine Blake, à découvrir le secret de la bague. L’intrigue du Dernier Pharaon se déroule entre Le Caire et Bruxelles, où le Palais de Justice jouera un rôle de catalyseur inattendu dans le recouvrement de la mémoire du professeur. Un scénario aux couleurs fantasmagoriques que n’aurait pas désavoué Edgar P. Jacobs, le créateur de la série Blake et Mortimer.

Comment cette aventure a-t-elle commencé ?

Jaco On s’est retrouvés chez François après avoir lu beaucoup d’histoires de pyramides. Les propositions ont immédiatement fusé en tous sens. Quand la main de François se mettait à bouger, c’était qu’on tenait le début de quelque chose. Nous étions tous motivés par l’envie de raconter une histoire qu’il trouve du plaisir à dessiner parce que c’est lui qui allait être condamné aux galères. Nous savions qu’il devrait ramer avec ses crayons pendant au moins trois ans ! Le crayon qui remuait dans sa main, c’était le baromètre des bonnes idées.

François Ma première rencontre avec Jaco, c’était autour d’un spaghetti. A l’époque, il commençait à travailler sur son film Toto le héros . Plus tard, il m’a invité à participer à la création du volet futuriste de Mister Nobody . Nos imaginaires se sont mariés de manière très intime. Ensuite, Jaco a été mon coach sur la bande dessinée de La Douce , consacrée à la locomotive à vapeur type 12, le TGV belge de la fin des années 1930. Jaco est un excellent « marieur ». Il a senti que ça allait bien marcher avec Thomas Gunzig et il m’a proposé de l’embarquer dans cette aventure de Blake et Mortimer.

Thomas Je connaissais un tout petit peu François. On s’était croisés chez des copains en Italie. Jaco m’a invité à une rencontre de travail, un après-midi, pour discuter de ce qu’on pourrait éventuellement faire ensemble sur un album de Blake et Mortimer. Quand je suis arrivé dans son atelier, François m’a fait rêver de Bruxelles, du Palais de Justice. Je lui ai parlé d’ondes telluriques et le courant est passé entre nous…

Laurent J’avais eu un coup de foudre pour le style artistique de François à l’adolescence. Il était dans mon jury de dessin à l’académie de Woluwe-Saint-Lambert. A l’époque, je rêvais de devenir auteur de bande dessinée. Depuis, j’attendais mon heure. Il faut croire au destin. Il m’a rattrapé !

Ce « Dernier Pharaon » est une rencontre humaine avant d’être une aventure de bande dessinée ?

Jaco Je ne sais pas pourquoi mais on n’a jamais pensé à la maison qu’on allait pouvoir se payer en écrivant le meilleur Blake et Mortimer de tous les temps ! Le seul salaire qui nous intéressait dans cette aventure, c’était le plaisir qu’on allait éprouver à l’écrire et à la dessiner. Travailler avec des amis, c’était l’assurance de vivre quelques formidables après-midis !

Laurent Blake et Mortimer est rattaché à un souvenir d’enfance, celui de l’album du Piège diabolique qui traînait dans la bibliothèque de ma grand-mère. J’ai été ébloui par le chronoscaphe, la machine à remonter le temps inventée par le professeur Miloch. La tension dans les couleurs expressionnistes de cet album me fichait la trouille ! Jacobs est devenu mon auteur phare. Je suis encore aujourd’hui sous l’emprise de son élégance du trait. L’impact du Piège diabolique , au début des années 1960, a été l’équivalent à celui de la série télévisée Black Mirror aujourd’hui !

François Il y a pas mal de références au Piège diabolique dans Le dernier pharaon . Le piège était un album très effrayant pour son époque. A sa sortie, il a été interdit en France. On ne dira jamais assez combien Jacobs était en décalage avec ce que les autres auteurs publiaient. Blake et Mortimer était tout à fait novateur, avant-gardiste. Nous avons pas mal bataillé sur la dimension du rêve dans l’album. Le scénario du Dernier Pharaon prévoyait que les radiations provoquent des cauchemars absolument insupportables, qui rendraient la vie impossible à Bruxelles. Jaco voulait que, scientifiquement, ça fonctionne, que ça ait l’air vrai, parfaitement plausible…

Jaco Mes livres de chevet s’appelaient Le mystère de la Grande Pyramide ou La marque jaune . Je les ai lus en boucle et j’ai mis très longtemps à comprendre ce que voulait dire « Guinea Pig », le nom par lequel le professeur Septimus appelait le personnage de La m arque jaune. J’ai dû attendre quatorze ans pour apprendre que cette expression désignait tout simplement le cochon d’Inde qu’on utilise dans les expériences de laboratoire !… Et plus je relisais l’immense bulle d’explication du fonctionnement du télécéphaloscope de Septimus, moins je comprenais ! Il y avait du Boileau-Narcejac chez Jacobs. Boileau-Narcejac avait inspiré Les diaboliques à Clouzot ou Vertigo à Hitchcock, et Jacobs avait ce même talent de nous faire croire à ses maléfices…

Bruxelles est au cœur de l’intrigue du « Dernier Pharaon ». La ville natale de Jacobs participe de la fantasmagorie du récit ?

François A l’époque de Jacobs, les auteurs ne pouvaient rien mettre de belge dans leurs bandes dessinées. Le marché était tourné vers la France et pour contenter le public, les éditeurs voulaient que les décors parlent d’abord aux Français. Situer une aventure en Belgique était vu comme un risque de couper les personnages de leur public principal. Un jour, un certain Daniel Couvreur, journaliste au Soir, m’a apporté une note d’intention de Jacobs dans laquelle il imaginait un scénario de Blake et Mortimer où Olrik utilisait la coupole du Palais de Justice pour brouiller les réseaux de communication et j’ai trouvé ça incroyable ! Si Jacobs avait développé cette histoire dans les années 1950-1960, il aurait brisé un tabou éditorial. L’idée m’a immédiatement intéressé. Je me suis dit que dans un album de Blake et Mortimer, ça pourrait encore être transgressif aujourd’hui car Bruxelles est davantage perçu comme un centre administratif européen plutôt que comme un lieu d’aventure et d’exotisme…

Jaco Curieusement, j’ai toujours pensé qu’on était en Belgique en lisant des Blake et Mortimer. En fait, ils parlaient français et disaient « By Jove ! » de temps en temps, comme s’ils ne maîtrisaient pas vraiment l’anglais. On voyait parfois des pyramides et des voitures qui roulaient à gauche mais c’était sans importance ! Dans Le dernier pharaon , on transforme Bruxelles en une zone inhabitée où il semble qu’il n’y ait plus âme qui vive, où les animaux ont pris possession de la cité. Transformer ainsi la ville dans laquelle on vit, c’est étrangement amusant. François désirait que le Palais de Justice soit au cœur du récit. Tout autour, la ville a été frappée par une catastrophe. On est dans un Bruxelles-Fukushima, où rôdent désormais des loups, des cerfs et quelques rares humains…

Thomas Quand j’étais petit, ça m’énervait ces mecs qui étaient soi-disant anglais mais qui parlaient un français entrecoupé de « Heavens » et de « Damned » ! Mes albums préférés de la série étaient ceux qui touchaient à la science-fiction et n’avaient donc pas grand-chose en commun avec l’imaginaire belge comme L’énigme de l’Atlantide, Le piège diabolique ou Les 3 formules du professeur Sato …

Mortimer est désormais accompagné d’un chien. Blake était d’accord de prendre un chien à la maison ?

Jaco Il faut poser la question au chien de François, qui ne le lâche jamais d’une semelle et lui a servi de modèle ! Quant au capitaine Blake, sans spoiler la fin de l’histoire, il finira par accepter de s’occuper du chien !

Thomas Au tout début de nos réflexions sur le scénario, je me souviens qu’on discutait du monde de plus en plus contrôlé dans lequel on vit. Et là, François nous a parlé de ses promenades avec son chien et du fait que dès qu’on le lâchait deux minutes, un policier surgissait de nulle part ! On s’est tous dit qu’on tenait quelque chose de fort et que ce chien pourrait jouer un rôle intéressant dans le récit…

François Mortimer s’était un peu éloigné de Blake quand il a pris ce chien. Mais que les amis de Blake et Mortimer se rassurent, cette aventure du Dernier Pharaon va rapprocher à nouveau les héros et qui sait si le chien n’y sera pas pour quelque chose…

Mortimer prend un vrai coup de vieux dans votre récit. Il n’a plus tout à fait l’âge d’être un héros ?

Jaco En prenant de l’âge, il a cessé d’être un héros à part entière. Le fait d’avoir voulu tenter de sauver le monde ne lui a pas porté chance. Mortimer a été écarté des affaires et s’est brouillé avec son ami Francis. C’est un peu dur pour lui de se replonger dans l’aventure. Physiquement, il va vivre un scénario éprouvant où il faut se coltiner les échafaudages du Palais de Justice…

Thomas On est face à un vieux monsieur Mortimer qui n’aime plus le monde dans lequel il vit. Il pense avoir définitivement tourné la page de l’aventure. Il a des réflexions désabusées. Il s’avoue parfois un peu fatigué mais l’esprit se porte bien : aujourd’hui, on peut encore être en pleine forme à 77 ans ! Si à l’entame du Dernier Pharaon, Mortimer n’était plus un héros, il va se surprendre à en redevenir un.

François L’action se situe un peu après Les 3 formules du professeur Sato . On voulait un album en prise avec l’actualité comme l’étaient ceux de Jacobs, peuplé d’enjeux sociaux et technologiques. On peut parler de tout, même des gilets jaunes dans Blake et Mortimer !… Nous avons cherché à faire preuve d’audace en partant sur le postulat que Blake et Mortimer se sont un peu éloignés l’un de l’autre et que le professeur peut porter un regard critique sur son vieux compagnon de route. La distance créée entre eux donnera de la valeur à ce qui pourra les réunir à nouveau. Le lecteur comprendra enfin dans Le dernier pharaon pourquoi ils sont forcément liés l’un à l’autre.


L’auteur

Maître contemporain de l’Ecole belge de la bande dessinée, l’artiste bruxellois François Schuiten a bâti un univers de Cités obscures avec son ami d’enfance Benoît Peeters. Cet enlumineur de mondes a publié sa première histoire dans Pilote , à 16 ans. En 2002, le Festival international d’Angoulême l’a couronné pour l’ensemble de son œuvre. Entre-temps, il a scénographié le pavillon Planet of visions à l’Exposition universelle de Hanovre ou conçu le musée Train World à Bruxelles. Son regard visionnaire a aussi nourri l’imaginaire cinématographique des réalisateurs de Taxandria , Raoul Servais, et de Mr Nobody , Jaco Van Dormael, avec qui il collabore sur Le dernier pharaon .

Le cinéaste

Le cinéaste bruxellois Jaco Van Dormael a débuté sa carrière artistique comme metteur en scène de théâtre pour enfants. En 1992, son premier film de fiction, Toto le héros , remporte une Caméra d’or à Cannes et un César. Trois ans plus tard, il éblouit à nouveau Cannes avec Le Huitième Jour pour lequel Pascal Duquenne et Daniel Auteuil remportent ensemble le Prix d’interprétation masculine. Depuis, il a tourné les pépites de Mr Nobody et du Tout Nouveau Testament. A la scène, il a triomphé avec son spectacle Kiss and Cry , écrit par Thomas Gunzig, son complice sur le scénario du Dernier Pharaon .

Le romancier

L’écrivain bruxellois Thomas Gunzig a décroché, en 1994, le prix de l’Écrivain étudiant pour son premier recueil de nouvelles, Situation instable penchant vers le mois d’août . Son style inclassable lui permet de goûter à tous les genres : le roman avec son Manuel de survie à l’usage des incapables , le livre jeunesse dans Nom de code : Superpouvoir , ou la comédie à travers Belle à mourir . Lauréat du Prix Rossel en 2001, et du prix de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique en 2004, il a coécrit, avec Jaco Van Dormael, le scénario du film Le Tout Nouveau Testament , avant de retrouver le cinéaste sur la création du Dernier Pharaon

L’illustrateur

Affichiste et illustrateur belge de génie, Laurent Durieux a croisé le chemin artistique de François Schuiten au Soir, à la sortie du numéro spécial de notre journal consacré aux 30 ans du Chat de Philippe Geluck dont il avait signé la couverture. Classé parmi les deux cents meilleurs illustrateurs au monde selon Lürzer’s Archive , l’artiste belge est adulé par les géants du cinéma américain Francis Ford Coppola, Steven Spielberg et Paul Thomas Anderson.

Les 17 auteurs de Blake et Mortimer

1946 Naissance des héros sous la plume du Bruxellois Edgar P. Jacobs dans Le secret de l’Espadon .

1987 Mort d’Edgar P. Jacobs, qui laisse derrière lui l’aventure inachevée des 3 Formules du professeur Sato .

1990 Le dessinateur anversois Bob De Moor, ami de Jacobs, termine le tome 2 des 3 Formules du professeur Sato .

1996 Le scénariste bruxellois Jean Van Hamme et le dessinateur français Ted Benoît relancent les aventures de Blake et Mortimer avec L’affaire Francis Blake .

2000 Pour répondre au succès, une seconde équipe, composée du scénariste bruxellois Yves Sente et du dessinateur français André Juillard, planche sur la série et publie La machination Voronov .

2009 Les Belges René Sterne et Chantal De Spiegeleer, puis le Français Antoine Aubin, remplacent Ted Benoît aux côtés de Jean Van Hamme sur La malédiction des trente deniers.

2013 Le scénariste belge Jean Dufaux publie L’onde Septimus avec Antoine Aubin et le dessinateur belge Etienne Schréder.

2018 Les dessinateurs hollandais Peter van Dongen et Teun Berserik signent La vallée des Immortels sur un scénario d’Yves Sente.

2019 Les Belges François Schuiten, Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig et Laurent Durieux réalisent le premier album hors-série, Le dernier pharaon , où Blake et Mortimer ont vieilli de dix ans.

Original article by Daniel Couvreur, published at March 14,2019.
Read the original publication at Le Soir


This website uses cookies for visitor traffic analysis. By using the website, you agree with storing the cookies on your computer. More information