Altaplana, world of Francois Schuiten and Benoit Peeters

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Une splendide bande dessinée : Revoir Paris

Si c’est bien d’une bande dessinée dont je compte vous parler, je n’oublie pas que, comme on dit, c’est la période des fêtes et que voilà une idée de cadeau qu’elle est bonne ! Au demeurant, il faudrait parler pour « Revoir Paris », d’une alliance entre le 3e art, les « arts visuels », qui regroupent la peinture et le dessin ; et le 2ème art, l’architecture. Il s’agit de « Revoir Paris », de Schuiten et Peeters.

François Schuiten né le 26 avril 1956 à Bruxelles est dessinateur de bande dessinée et scénographe. Dès ses débuts en albums, il réussit à imposer un univers fantasmatique d’une rare cohérence, variation autour de motifs invariables (la construction, le vol, etc.), témoignant « de l’impérieuse nécessité d’une œuvre qui ne doit rien à l’opportunisme et qui se développe selon une logique interne plus ou moins consciemment maîtrisée » (Thierry Groensteen, historien et théoricien de la bande dessinée) Mais son univers s’étend bien au-delà de la planche à dessin pour prendre vie dans l’architecture, le théâtre, la télévision et le cinéma.Il a reçu le grand prix de la ville d’Angoulême en 2002. Benoît Peeters né le 28 août 1956 à Paris, est écrivain, scénariste et critique. C’est également un spécialiste de l’univers de Tintin. De son style comme scénariste de bande dessinée, il faut notamment retenir le goût de l’expérimentation et la capacité à renouveler son art d’un album à l’autre. Benoît Peeters a collaboré avec le cinéaste Raoul Ruiz pour le film La Chouette aveugle et le livre Le Transpatagonien. En 1983, Schuiten et Peeters entament une fructueuse collaboration lorsque paraît dans la revue A suivre Les Murailles de Samaris, la première histoire de la série Les cités obscures. Cette série est située dans un univers parallèle au nôtre mais avec de nombreux passages vers le monde réel. Le goût du détail a poussé les auteurs à décrire dans Le Guide des Cités les disciplines surprenantes de cet univers sa faune et sa flore étranges, ses us et coutumes décalés et, surtout son architecture obsédante, composante fondamentale de la série. Chaque cité est en effet dépeinte dans un style architectural précis ; la psychologie des personnages et le récit en sont même fortement influencés (comme l’Art déco 1) monumental, l’Art Nouveau2))

Avec « Revoir Paris » (2 tomes) Schuiten et Peeters changent leur perspective : si leur cœur de projet est d’une certaine manière toujours l’architecture, la cité, leur discours se construit, s’articule autour de l’anticipation, ou plus exactement de l’uchronie. L’uchronie est un genre qui repose sur le principe de la réécriture de l’histoire à partir de la modification d’un événement du passé. L’uchronie prend comme point de départ une situation historique existante et en modifie l’issue pour ensuite imaginer les différentes conséquences possibles. « Terre inconnue, située à côté ou en dehors du temps, et où sont relégués, comme des vieilles lunes, les événements qui auraient pu arriver, mais ne sont pas arrivés » (Régis Messac) Kârinh est née sur l’Arche, une colonie spatiale qui abrite des Terriens ayant fui leur planète rongée par les pollutions et le réchauffement climatique. Plusieurs décennies après cet exode, une expédition est envoyée sur Terre afin de déterminer si celle-ci est entre-temps redevenue habitable. Kârinh, qui a toujours rêvé de ce monde qu’elle n’a jamais vu, prend le commandement du Tube, un vieux vaisseau qui transporte une quinzaine de personnes en hibernation. Au terme d’un voyage éprouvant, la jeune femme part, seule, à la découverte de son Paris fantasmé et de ses origines.

Alors que Kârinh s’en était forgé une opinion idéalisée, sa découverte de la Ville Lumière se révèle vite décevante. Le centre historique de Paris a été enfermé sous un gigantesque dôme de verre. Vidée de ses habitants, la cité est devenue un musée pour touristes fortunés. Mais cet îlot en apparence sécurisé échappe peu à peu au contrôle de ses créateurs. Les illégaux qui peuplent les nombreux squats de la ville vivent de trafics, tandis que le dôme protecteur est menacé par des attaques extérieures de plus en plus violentes. Schuiten trempe son pinceau à l’encre d’un pastel qui nous rappelle celui d’un Balthus, comme lui il a ses tendres coloris pour nous parler de notre devenir, via notre passé. Son personnage central, Kârinh, n’est pas sans nous rappeler les jeunes femmes protagonistes de l’univers de Balthus. Les dialogues de Peeters, outre leur justesse, leur intelligence, interrogent avec pertinence l’avancée de l’intrigue. J’aime beaucoup la réponse de Schuitten lors d’une interview dans Poulika ! Journal des étudiants d’art et de culture de Paris et de Bordeaux. N° 3 Mars 2015, où on lui posait la question de savoir s’il faisait ses colorisations à l’ordinateur : Non, moi je suis un vieux con, j’aime beaucoup travailler à l’ancienne. Je divise en deux mon travail graphique. Lorsque je suis seul, j’aime être seul du début à la fi n, qui commence sur du papier et fi nit sur du papier. Pour le cinéma, je pense tout de suite à comment cela va finir à l’écran, je fais des aquarelles et je travaille avec les infographistes directement à l’écran. Je parle avec eux, on trouve le chemin mais je ne fais rien directement. Regardez dans mon bureau, il n’y a pas d’informatique. Le papier me plait plus que tout. A Paris la station de métro « Arts et Métiers », (ligne 3 Pont de Levallois – Gallieni) a été conçue par Schuitten. Prenez le temps de plonger dans son univers.

« Revoir Paris » par Schuiten et Peeters, 2 tomes, éditions Casterman

Jacques Barbarin

Original article by Jacques Barbarin, published at December 15, 2016.
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1)
L’Art déco (abréviation des « Arts décoratifs ») est un mouvement artistique né au cours des années 1910. Il concerne l’architecture, plus spécialement l’architecture intérieure avec ses tapisseries, vitraux, peintures et sculptures ornementales, son ébénisterie, l’emploi de la céramique, de l’orfèvrerie.
2)
L’Art nouveau est un mouvement artistique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle qui s’appuie sur l’esthétique des lignes courbes. Il se caractérise par l’inventivité, la présence de rythmes, couleurs, ornementations inspirés des arbres, des fleurs, des insectes, des animaux, et qui introduisent du sensible dans le décor quotidien.