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Schuiten explore la barbarie

Voilà une image bien singulière, une illustration vertigineuse proposée par François Schuiten pour le roman La Barbarie, écrit par Jacques Abeille. Derrière l'admiration pour l'exploit graphique (une constante chez ce dessinateur hors-norme), c'est l'angoisse qui étreint le spectateur face à cette image. Pourquoi ? Schuiten, fasciné par l'architecture, s’est inspiré pour ce dessin du fameux Panthéon de Rome. Construite par Agrippa et, restauré sous l'empereur Hadrien, cette structure de plus de deux mille ans d'âge supporte la plus grande coupole en béton non armé du monde (43,30 mètres). Transformé en église, le Panthéon est encore ouvert au public aujourd'hui. Mais, à la différence de son modèle, éclairé grâce à l'oculus central de 8,7 m de diamètre percé au centre de la coupole, l'immense bâtiment représenté par Schuiten est sombre, oppressant, et le rayon de lumière qui le traverse ne fait qu'ajouter au sentiment d'écrasement général. Les individus, tête baissée, dessinés en contre-plongée, ne profitent d'ailleurs même pas de ce halo, mais sont enveloppés dans un contre-jour permanent.

Giovanni Paolo Panini, "Intérieur du Panthéon", 1747. À cette époque, l'architecture du Panthéon représente l'héritage de la civilisation antique qui inspire les Lumières.

Ce parti pris s'explique certainement par l'histoire qu'illustre ce dessin. En occupant la ville de Terrèbre, les barbares venus des steppes ont enlevé un homme, professeur d'université et linguiste, seul à comprendre leur langage. Après de nombreuses années à vivre parmi eux, il revient dans sa ville natale et s'y sent vite mal à l'aise. En fin de compte, le monde des plaines infinies, malgré sa dureté, lui semble plus humain que la ville moderne et impersonnelle, où l'individu est écrasé par le poids de la société symbolisée par d'immenses bâtisses.

Une photo contemporaine du Panthéon de Rome (via Wikipedia Commons).

On retrouve là un thème cher à François Schuiten depuis la série des “Cités Obscures” réalisée avec Benoît Peeters au scénario. Dès le premier opus, Les Murailles de Samaris (1983), la ville y est décrite comme un environnement hostile, perdant les hommes dans un labyrinthe absurde et kafkaïen.

Peeters Benoît (scénario), Schuiten François (dessins), Les Murailles de Samaris, Casterman, 1983.

Mais Jacques Abeille s'est sans doute inspiré d'autres éléments tirés de l'histoire de l'Europe. Son universitaire linguiste n'est pas sans rappeler les récits de voyages d'Occidentaux médiévaux, comme ceux de Marco Polo se rendant à la cour de l'empire mongol. Plus largement, La Barbarie propose une réflexion sur la notion même de barbarie. Comme l'a montré un récent et passionnant dictionnaire dirigé par l'historien Bruno Dumézil et publié aux PUF, les barbares, ce sont toujours les autres, du Perse des Grecs antiques, aux Germains de l'empire romain, jusqu'au migrant d'aujourd'hui. Derrière ce rejet de l'Autre, de nombreux auteurs se sont interrogés depuis le XXe siècle: malgré nos villes immenses, malgré notre profusion technologique, ne serions-nous pas nous même des barbares ? Sommes-nous, en fin de compte, les parangons de la civilisation ? François Schuiten, à travers cette superbe illustration, soulève lui aussi cette question.

Original article by William Blanc, published at October 4, 2016.
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