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François Schuiten: «Il ne faut pas stigmatiser la population de Schaerbeek »

INTERVIEW - Le dessinateur des Cités Obscures habite à deux pas de la planque d'où les auteurs des attentats du 22 mars seraient partis pour semer la mort. Il livre sa réaction et ses craintes après ces terribles attaques.

Dans la monumentale saga rétrofuturiste Les Cités obscures, créée en 1983, le Belge François Schuiten et le Français Benoît Peeters ont fait de la ville un espace dramaturgique où le rêve a droit de cité. Un univers que les deux auteurs se sont évertués à déployer dans la vraie vie. La station de métro Arts et métiers à Paris, la maison Autrique ou le Train World à Schaerbeek sont les émanations bien concrètes de leur imagination débordante.

François Schuiten habite la commune de Schaerbeek. Il aime son quartier, dans lequel il s'est énormément investi. Ce quartier aujourd'hui au coeur d'une triste actualité: il est le lieu d'où seraient partis les hommes qui ont semé la mort le 22 mars, à Bruxelles. Pour le Figaro, le dessinateur livre son sentiment après ce terrible drame.

LE FIGARO - Vous qui habitez à Schaerbeek depuis plus de trente ans, comment vous y sentez-vous aujourd'hui?

FRANÇOIS SCHUITEN - Hier soir, des hélicoptères ont tourné pendant une heure juste au-dessus de mon quartier, car la police était en train de vérifier des lieux où se sont cachés des terroristes. On a découvert tout près de chez moi des explosifs et un drapeau de l'État islamique. Dans une planque. Je dois avouer que c'est très troublant.

Vous sentiez-vous menacé, à Bruxelles?

Oui, mais nous avions beau savoir que nous étions les prochains sur la liste, on constate malgré tout notre impuissance face à une telle catastrophe. Et malgré la sécurité qui règne partout. La collaboration entre la France et la Belgique s'est brusquement remise en marche et améliorée, mais cela n'a pas pu empêcher ce qui est arrivé. On se sent assez démuni, en réalité. Je trouve aussi qu'il y a une naïveté à penser que sécuriser tous les espaces suffirait à éradiquer ce type d'agression.

Après cet attentat, que craignez-vous le plus aujourd'hui?

On a changé de monde et on doit modifier notre façon de réagir face à de telles agressions. Généralement, une première phase est émotive et une seconde dans le rejet et la colère. En dehors de la souffrance et de l'émotion, comment réagir de façon intelligente et constructive face à tout cela? Ma principale peur est que Bruxelles et sa population soient stigmatisées. La mixité est la beauté et la force de cette ville. Dans mon quartier de Schaerbeek, j'aime cette cohabitation. Je vis dans une commune ou je suis heureux de voir des Turcs, des Marocains ou des Irakiens. Hier, nous avons vu que cette mixité peut également engendrer de la terreur. C'est une terrible déception.

Faites-vous allusion à Londres qui déconseille à ses ressortissants de se rendre à Bruxelles?

Je suis allé en Égypte pour m'occuper du projet ScanPyramids (techniques de détection non-invasives destinées à scanner les pyramides, NDLR). J'étais particulièrement content de voyager dans ce pays pour casser ce réflexe de peur, ou plutôt d'ostracisme. Conseiller de ne plus fréquenter l'Égypte, Bruxelles ou Paris me scandalise. Toutes ces réactions de repli sur soi où l'on élimine une ville ou un pays me semblent des réponses barbares, des réflexes purement égoïstes. C'est au contraire le moment de venir à Bruxelles ou d'aller au Caire, pour montrer que l'on aime ces villes et que l'on ne se laissera pas faire.

Moi ce qui m'intéresse, c'est de parler de la Bruxelles de demain. Après ce traumatisme du 22 mars. Il va falloir se battre pour garder des valeurs et être fier de continuer à défendre la mixité et la générosité que cette ville peut incarner. Et de continuer à rêver.

Original article by Aurélia Vertaldi, published at March 24, 2016.
Read the whole story at Le Figaro