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Francois Schuiten Dessinateur Eclaire

Le Centre de la gravure de La Louvière met les villes imaginaires de François Schuiten à l’honneur dans le cadre de Mons 2015. Deux sérigraphies originales, représentant la tour Saint-Albert de Binche, sont éditées pour l’occasion.

La tour Saint-Albert de Binche est menacée de destruction. L’artiste en présente deux sérigraphies originales. Photo Patricia Mathieu.

C’est une exposition très particulière que le Centre de la gravure et de l’image imprimée de La Louvière inaugure en ce début d’automne : en coproduction avec Mons 2015, le lieu accueille une scénographie inédite de François Schuiten, le dessinateur des Cités obscures.

Une fois n’est pas coutume, la scénographie se veut radicalement différente des expositions que le centre a pour coutume de monter : « Nous avons cherché à concevoir une visite multisensorielle, jouant sur les perceptions visuelles, sonores et spatiales pour convier le visiteur à pénétrer l’univers de Schuiten, explique Catherine de Braekeleer, directrice du centre. Les images ont leurs secrets », complète l’artiste : « La meilleure façon de lire une bande dessinée, c’est de tourner les pages de l’album. Quand on fait une exposition, on est soudain confronté à la verticalité des planches accrochées au mur ; mes amis et moi avons voulu recréer une dynamique via un dispositif scénographique un peu particulier, pour transformer le regard et faire voyager le visiteur dans l’image. »

Centrée sur l’album La théorie du grain de sable (2007-2008), la première partie de l’exposition multiple les surprises en plongeant le public au cœur de l’intrigue (une fable écologique parue dans le cadre de la série des Cités obscures). Dans la pénombre sont présentés de grands cadres lumineux, éclairés par l’avant et l’arrière : voici que Brüsel, la ville imaginaire créée par Schuiten et son acolyte de longue date, Benoît Peeters, y apparaît et disparaît dans un mouvement de lumière finement pensé. « Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment on peut encore raconter une histoire en immergeant le spectateur et trouver une écriture qui exploite l’espace du musée. Revenir à la fixité de l’image à une époque où nous sommes noyés dans le flux et le mouvement permet de s’arrêter, de prendre le temps d’observer ce qui s’y passe », déclare Schuiten, également reconnu pour ses décors de cinéma et ses scénographies d’expositions (la dernière en date, « Train World », vient d’ouvrir ses portes à côté de la gare de Schaerbeek).

La tour Saint-Albert de Binche est menacée de destruction. L’artiste en présente deux sérigraphies originales. Photo Patricia Mathieu.

Une donation en trois temps

L’atmosphère est tout autre au premier étage, où est exposée une riche série de sérigraphies, lithographies, impressions numériques et offsets : une donation de 63 pièces réalisée par Schuiten en trois étapes, entre 1996 et aujourd’hui. Depuis longtemps préoccupé par la transmission de son travail, l’artiste a réparti ses archives, documents et originaux entre plusieurs institutions – la Fondation Roi Baudouin, la Maison Autrique (dont il a largement contribué à la réhabilitation, à Schaerbeek) et le Centre de la gravure.

Issu d’une famille d’architectes, Schuiten s’est en outre mobilisé à plusieurs reprises en faveur de la sauvegarde du patrimoine. Cette exposition est, pour lui, une nouvelle occasion de sensibiliser le public, cette fois à l’architecture industrielle de la région du Centre : l’artiste a en effet choisi de réaliser une série de lithographies spécialement pour l’exposition, avec la collaboration de l’imprimeur Gilles Ziller (qui a longuement travaillé pour Edgar P. Jacobs). Ziller a décliné avec talent un dessin original de Schuiten représentant la tour Saint-Albert de Binche, qui risque d’être détruite sous peu.

« Les métiers du charbon comme ceux de l’imprimerie font partie de notre patrimoine. Ce sont des objets porteurs d’une force et d’une beauté intrinsèques qu’on a tendance à oublier », rappelle l’artiste.

« Lumières sur les cités. François Schuiten », jusqu’au 7/02, Centre de la gravure et de l’image imprimée, à La Louvière, du mardi au dimanche de 10 à 18h. www.centredelagravure.be

Original article by Aliénor Debrocq, published at October 12, 2015.
Read the whole story at Le Soir